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FILMOGRAPHIE
INVENTAIRE I - 1932 / 1960
par Françoise Marchand
Après la sortie du film de Pabst et compte
tenu de son succès, le Gaumont Palace décida
de reprendre le film de Feyder. A la fin du procès
qui se déclencha à la suite de cette
décision, les producteurs de Pabst obtinrent
la destruction du film muet. Heureusement, des copies
furent con-servées dans des archives à
l’étranger ce qui permit au film de Feyder
de ne pas être «englouti».
L’épisode suivant de l’Atlantide
voit le jour à la veille de la seconde guerre
mondiale. La TSF, qui depuis 1906 a pris le nom de
radio, est devenu un véritable lieu de création
et du simple bulletin météo (en 1921)
on est passé aux émissions culturelles
(1).
L’Atlantide, dans une adaptation de Roger Goupillières,
fut diffusée le 27 octobre 1938 sur RADIO PTT
et dura 4 h 15. De cette version il ne reste malheureusement
aucune trace.
Le 9 avril 1939, le journal «Le réveil
illustré» publie cet article : «La
Columbia va réaliser un film sur l’Atlantide,
le continent perdu. Mais à l’encontre
du roman de Pierre Benoit, ce sera un film préhistorique
comme Le Monde perdu ou King Kong. Le film sera créé
par le producteur Trem Carr et le maître des
trucages Fred Jackman. Ce dernier a passé des
années de recherches à la préparation
du sujet; il fait des expériences techniques
depuis plusieurs mois et a consulté plus de
deux mille volumes sur le sujet. Le film «Atlantis,
l’Atlantide perdue» montrerait les efforts
de savants américains qui retrouvent enfin
au fond des mers, l’Atlantide d’autrefois.
Et alors nous verrions la vie préhistorique,
telle qu’ils la reconstituent d’après
leurs découvertes. On passera de longs mois
à la réalisation du film qui ne sortira
vraisemblablement que fin 1939 et pour lequel on n’a
pas encore annoncé d’interprètes.»
Le titre était prémonitoire, le film
ne fut jamais réalisé.
Si en 1932 Pabst ouvre son film par une scène
dans un studio de radio c’est que celle-ci est
devenue en quelques années le moyen de communication
le plus extraordinaire que les gens aient connu. Cette
année-là, un Français sur cinq
dispose d’un poste, en 1936, la radio est présente
dans plus d’un foyer sur deux. Alors, lorsqu’en
janvier 1941, la BBC demande à ses auditeurs
d’Europe de couvrir les murs de leur ville du
V de la victoire, le succès est spectaculaire.
Ce même mois, le 28, Radio Nationale diffuse
une nouvelle version de l’Atlantide dans une
adaptation de Guy Laroche et d’une durée
de 1 h 30. Cette même version sera reprise le
12 mars 1946 sur Radio Rennes. Là encore, malgré
de très nombreuses recherches, le document
reste introuvable.
C’est aussi en 1946 que «l’Atlantide
dans la production audiovisuelle» traverse
l’Atlan-tique. Un producteur de la United Artist,
très connu de Feyder et de Pabst, un certain
Nebenzahl, «loue» à la Metro Jean-Pierre
Aumont, alors sous contrat dans ce studio (2). Une
troisième version du roman de Pierre Benoit
portant le titre «Siren of Atlantis»,
et mise en scène par Arthur Ripley, est tournée,
avec dans le rôle d’Antinéa, la
propre femme de Jean-Pierre Aumont, Maria Montes.
Le film «emprunte» beaucoup à Pabst,
sur divers plans : récupération des
séquences d’extérieurs pour réaliser
des économies de décors, rencontre Antinéa/St-Avit
devant une partie d’échec, le comédien
Vladimir Sokoloff, embauché pour le même
rôle (Bielowsky), y refait le même numéro.
Deux différences importantes cependant : Antinéa
ne tombe pas amoureuse de Morhange (interprété
par Denis O’Keefe) mais doit mourir parce qu’il
l’a insultée publiquement et St-Avit
meurt enseveli sous une tempête de sable dans
le désert.
Tourné en 1947, le film ne sortira qu’en
1949. Public et critiques furent rarement aussi unanimes,
c’était un désastre (3). Il faut
cependant préciser qu’entre le film de
1947 d’Arthur Ripley et celui de 1949 sous la
signature de Greg Tallas et portant le titre «Atlantis,
the lost continent», il y a deux ans de remaniements
en tous genres. La première version jugée
«trop intellectuelle pour le public américain»
par les responsables de la United Artist, due être
remontée. Entre les scènes supprimées,
celles rajoutées et le point de vue des différents
réalisateurs qui travaillèrent dessus,
le film perd de sa cohérence et n’arrive
même pas, d’après les critiques,
à la hauteur d’une série B (4).
Après ce troisième remake américain,
sort en décembre 1950, une quatrième
version de l’Atlantide : «Toto sceicco»
de Mario Mattoli (sorti en France en 1951 sous le
titre : «Deux légionnaires au harem»).
Toto, comique attitré du cinéma parodique
italien de l’époque, porte le film au
degré zéro du mythe puis Hollywood revient
à la charge en 1954 (date de sortie du film
en France) avec «La légion du Sahara»
de Joseph Pevney.
Hervé Dumont dans un article remarquablement
documenté (déjà cité)
en parle ainsi : «Desert legion» (titre
américain) offre un amalgame superficiel de
«Horizons perdus» avec son utopie agnostico-idéaliste,
et du roman de Benoit dont on a principalement retenu
le cadre et le parfum érotique. Homme à
tout faire de la maison, le gentillet Joseph Pevney
réalise cette parabole pacifiste en juillet
52 à Universal City, dans un complexe de grands
rochers amovibles; quelques stock-shots du désert
de l’Arizona complètent la couleur locale.
De l’imagerie techni-colorisée (...)
et puérile avec tout le faste en toc de la
série B, danseurs hindous compris. Amusant,
mais vite oublié.»
La revue «Arts» (semaine du 24 au 30 mars
1954) ironise : «Le film américain de
J. Pevney ne manque pas de couleurs, mais son intrigue
est par trop puérile. Il est particulièrement
comique pour des spectateurs français de voir
des légionnaires patrouiller dans le désert
en pantalons rouges et vareuses noires, toutes décorations
au vent, arborant des képis hérités
de la guerre de Sécession.»
Retour en France. Le 26 janvier 1954 a lieu au Théâtre
Municipal de Mulhouse, la première mondiale
de «L’Atlantide», un opéra-ballet.
Le livret est de Francis Didelot, la musique de Henri
Tomasi. Avec cette nouvelle version nous quittons
le domaine de l’audiovisuel mais l’anecdote
du collant noir de Ludmilla Tchérina, qui interprète,
à la suite d’Ethéry Pagava, le
rôle d’Antinéa, mérite d’être
racontée. Elle montre combien cette reine de
légende fut et sera, certainement encore longtemps,
le lieu de tous les fantasmes, de tous les interdits,
de toutes les censures.
Après une tournée d’un an en France
et à l’étranger, Ethéry
Pagava abandonne son rôle et est remplacée
par Ludmilla Tchérina. Présenté
les 23 et 25 juin 1955 au Casino d’Enghien,
le spectacle est accueilli avec enthousiasme.
Le sensationnel ne vient pas de la conception de cet
opéra-ballet mais de l’interprétation
et de la tenue de la jeune femme. Pour la première
fois une danseuse osait apparaître sur scène
entièrement moulée dans un collant noir
et soulignée d’or.
«On ne saurait rêver une Antinéa
plus voluptueuse, plus lascive, plus inquiétante»
dira André Boll (L’Information - 25 juin
1955) et Noël Boyer d’ajouter (La Croix
- 1er juillet 1955) : «... si Pagava, sphinx
capricieux, plein d’ironie dans la passion et
de tendresse dans la cruauté, créatrice
du rôle d’Antinéa, lui conférait
un je ne sais quoi de plus mystérieux, Tchérina
a rendu à merveille le rôle pervers de
la Femme, éternelle ennemie de l’Homme,
qui ne cherche qu’à se venger...»
Entre 1956 et 1957 le ballet fut de très nombreuses
fois représenté avec d’autres
danseuses mais seule Ludmilla Tchérina osa
le collant noir.
En 1958, l’Opéra de Paris accepte, du
bout des lèvres, de mettre le ballet en répétition
sur sa scène. C’est alors que les difficultés
commencent. Différent entre l’Administration
et le choré-graphe Serge Lifar, problèmes
d’éclairage, de décors mais surtout
Ludmilla Tchérina rend brusquement son rôle
dix jours avant la générale. Motif :
on lui refuse son collant noir jugé incorrect
par la très respectueuse Académie Nationale
de Musique. Claude Bessy, appelée pour la remplacer,
interprétera une Antinéa plus classique,
en collant rose. Déçu, le public réservera
un accueil modéré à cette nouvelle
conception de la princesse. En effet, ce qu’il
recherchait avant tout, c’était l’émotion
provocatrice d’un corps de femme toute de noir
vêtue, l’espoir de frémir devant
un interdit. C’est la notion de désir
qui était en jeu. Le collant académique
de Claude Bessy n’évoquait rien d’autre
que les prouesses techniques d’une grande danseuse.
Ludmilla bousculait les tabous, Claude faisait retourner
Antinéa dans le cadre de la bienséance.
Après quelques représentations Claire
Motte reprend le rôle et l’Atlantide disparaît
très vite des programmes de ce théâtre.
Ludmilla Tchérina aura deux fois sa revanche
sur le conservatisme de l’Académie de
Musique. Une première fois le 9 janvier 1959
à Lyon où elle retrouve pour la dernière
représen-tation de ce ballet son collant noir
et or. C’est un triomphe. Et une deuxième
fois sous la direction de Jean Kerchbron en 1972 pour
la version télévisée.
Le 7 janvier 1955, l’Emetteur Régional
de Wallonie diffuse une troisième version radio-phonique
du roman de Pierre Benoit, dans une adaptation de
Henri Marcq. L’émission dure deux heures.
Encore une fois, malgré de nombreuses recherches
(tant en France qu’en Belgique) il n’a
été trouvé aucune trace de ce
document.
Durant les années 60 la mode est au «péplum».
C’est l’occasion pour les «Monsieur
Muscle» de s’essayer au rôle d’Hercule.
Le mythe de l’Atlantide devient alors le prétexte
à des mises en scène qui frôlent
le grotesque et le rôle d’Antinéa
sert de tremplin à de jeunes starlettes dont
l’unique qualité semble être une
plastique irréprochable.
C’est «Monsieur Univers», Steve
Reeves, qui inaugure la première dérive
de l’Atlantide en septembre 1959 dans «Hercule
et la reine de Lydie» de Pietro Francisci. Une
fois lassée de ses amants la reine Omphale
(Antinéa ?) les fait tuer puis embaumer dans
un bain d’or liquide et exposer dans une galerie
de marbre. Mais Hercule semble avoir la volonté
aussi hypertrophiée que ses muscles et tient
tête à la reine, tout comme celui du
film de C.L. Bragaglia «Les amours d’Hercule»
en 1960.
Là, le héros résiste à
Hippolyte, la reine des amazones qui transforme ses
amants en arbres. Jayne Mansfield, dans le rôle,
oppose ses formes voluptueuses, très appréciées
à l’époque, à celles tout
aussi impressionnantes de son partenaire et époux
: Mickey Hargitay.
La même année, du 26 septembre au 28
octobre, Radio Luxembourg diffuse sous forme de feuilleton
et dans une adaptation d’Henri Agogué,
une quatrième version radiophonique de l’Atlantide.
Durée totale : 4 h 15. Comme toutes les versions
radio précédentes, il ne reste aucune
trace de cette émission. La parole n’est
vivante qu’au moment où elle s’énonce.
De tous temps les hommes n’eurent de cesse de
fixer leurs pensées pour leur permettre de
ne pas sombrer dans l’oubli. Des tablettes de
cire ou d’argile aux CD-ROM contemporains ces
«empreintes» constituent toute la mémoire
des êtres humains. En l’absence de ces
témoignages radio, c’est tout un pan
de notre histoire et de celle de l’Atlantide
qui a été définitivement englouti.
Françoise Marchand, pour www.atlantide-films.net
2003
(1) La radio : rendez-vous sur les ondes - Antoine
Sabbagh - Editions Découvertes - Gallimard
- 1995.
(2) Ayant fui le nazisme, Seymour Nebenzahl avait
transféré la Nero-Film Inc. en Californie
où il songeait à refilmer ses grands
succès d’avant-guerre. Romain Pinès,
lui aussi, sera associé pour la troisième
fois à cette nouvelle Atlantide. (Hervé
Dumont - L’écran Fantastique - n°
58 - Juillet 1985).
(3) Jean-Pierre Aumont garde d’ailleurs un souvenir
amusé de ce film. Dans son livre Le soleil
et les ombres (Editions R. Laffont - Paris - 1976)
il explique : «Les décors étaient
ahurissants, avec des portes en moleskine qui me parais-saient
provenir du bureau du producteur plutôt que
du mystérieux palais d’Antinéa.
Le premier jour on me jucha sur des talons de six
centimètres (...) mon partenaire mesurait un
mètre quatre-vingt-quatre, tandis que je ne
mesurais qu’un mètre quatre-vingt. (...)
Des dromadaires arrivèrent du zoo voisin. Hélas,
c’était des chameaux qu’il nous
fallait. On leur colla donc, à grand renfort
de sécotine, une deuxième bosse sur
le dos. Comme ils étaient un peu déjetés,
un machiniste, pistolet en main, les arrosait d’une
sorte de gomina, pour rendre leur poil plus lustré...».
(4) Arthur Ripley qui tourna entièrement «Siren
of Atlantis» finit par perdre patience et claqua
la porte du Studio. Appelé à la rescousse,
Douglas Sirk fait la sourde oreille et c’est
un autre exilé allemand John Brahm qui retourne
30% du film selon des schémas plus conventionnels.
De son côté, le monteur Greg Tallas déleste
le film de toutes les séquences avec Sokoloff
puis il le remonte avec des vestiges du film de Ripley,
massacrant au passage la musique. Ni Brahm, ni Ripley,
qui ne reconnaissent plus le film, n’acceptent
de le signer. Au générique final, la
paternité en est attribué à G.
Tallas sans que celui-ci ait tourné une seule
image. (Hervé Dumont - L’écran
Fantastique - n° 58 - juillet 85).
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