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FILMOGRAPHIE
INVENTAIRE II - 1972/1978
par Françoise Marchand
Les années 70 ne furent pas seulement celles
où les femmes commencèrent à
prendre très énergiquement leur destin
en mains, ce fut aussi l’époque de la
libération des mœurs. Soumis à
une censure très ferme les films où
l’acte sexuel était montré réellement
ou même simplement suggéré, étaient
réalisés et diffusés dans la
clandestinité.
L’évolution des mœurs à la
fin des années 60 mènera vers un assouplissement
de la censure au début des années 70.
Mais devant l’invasion de films «à
caractère pornographique», l’opinion
publique s’indigna et le gouvernement dû
à nouveau légiférer. Ces films,
baptisés X durent être projetés
dans des salles spécialisées et furent
interdits de publicité.
C’est dans cette catégorie que fut classé
en 1973 «Les exploits érotiques de Maciste
en Atlantide», film italien de Jesus Franco
réalisé sous le pseudonyme de Clifford
Brown. Sous-titré «Les gloutonnes»,
on imagine facilement que les dits «exploits
érotiques» ne devaient pas simplement
consister à défendre le monde contre
les Atlantes.
Maciste est né en 1914 pour les besoins du
film de Giovanni Pastrone «Cabiria». Il
y était l’esclave d’un patricien
romain prêtant sa force colossale à la
lutte contre les Carthaginois. Depuis, Maciste est
devenu un personnage populaire dont les exploits se
situent aussi bien dans l’Antiquité qu’à
l’époque moderne. Sa particularité
étant de toujours être envoûté
par de splendides créatures aux formes suggestives
et proprement détesté par de petits
nabots aux desseins belliqueux. En Atlantide, Maciste
doit affronter la redoutable reine Rose, nymphomane
de son état, ce qui, n’en doutons pas,
a dû donner lieu à des scènes
très pittoresques.
C’est aussi en 1973 que sort «Malikat-Al-Hob,
reine de l’amour», film de science-fiction
libanais signé Roméo Lahoud. Là,
une reine atlante, à l’immense pouvoir
de séduction, est visitée en l’an
dix mille avant J.-C. par des explorateurs du temps.
Le cinéma n’offrant apparemment plus
de débouchés au mythe de l’Atlantide,
c’est la télévision qui va prendre
le relais.
Dans la collection «Les aventures de Huckleberry
Finn», le petit écran diffuse le 11.02.75
un épisode intitulé : «Le roi
de l’Atlantide». Puis c’est au tour
de l’héroïne Annie, Agent très
spécial, d’affronter, le 02.08.76 «La
nouvelle Atlantide» et le 16.02.77 dans le cadre
de l’émission «Les visiteurs du
soir», le mythe nous est raconté par
Jacques Trémolin.
Durant l’année 1978, on entendra parler
deux fois de l’Atlantide. Une première
fois avec la sortie sur grand écran du film
de Kevin Connor «Les sept cités d’Atlantis».
Cyd Charisse y tient le rôle titre, sous le
nom de Reine Astil. Cette histoire raconte les aventures
du professeur Aitken et de son fils Charles qui ont
monté une expédition dans les Bermudes,
à la recherche de la cité engloutie.
Après l’avoir découverte ils devront
affronter des monstres marins et s’attaquer
à des Atlantes fort peu accueillants... Rien
de bien original.
La deuxième évocation de l’Atlantide
en 1978 est faite à la radio le 11.07. Dans
le cadre de l’émission «Au-delà
de l’horizon», Radio France invite Alain
Bombard qui, avec beaucoup d’enthousiasme, nous
livre «La vérité sur l’Atlantide».
Celui qui traversa seul l’Atlantique sur un
minuscule canot pneumatique, nous invite à
partir à la recherche de l’île
platonicienne en précisant tout d’abord
: «Je regrette en donnant une explication rationnelle
de ce qu’est l’Atlantide de détruire
chez vous un certain goût du mystère.»
Si mystère il y a ce n’est pas dans l’existence
supposée ou non du fabuleux continent mais
devant la fragilité de la mémoire humaine.
Pour introduire LA vérité, Alain Bombard
débute l’émission par un rappel
du mythe.
Le souci de rationnel que revendique le navigateur
aurait consisté à citer Platon. Le texte
de ce dernier est suffisamment explicite pour que
quiconque le comprenne. Au lieu de cela, Alain Bombard
«interprète» et c’est bien
à SA vérité que nous avons à
faire car son rappel des écrits du philosophe
fait preuve d’une grande imagination.
Où, en effet, a-t-il pu bien lire que la capitale
de l’Atlantide s’appelait Cnossos, que
Poséidon et Clito eurent six paires de jumeaux,
qu’au centre du palais une immense colonne soutenait
le ciel, que les hommes y étaient galants et
avaient tous une femme et une maîtresse, qu’il
suffisait d’ouvrir des robinets pour avoir l’eau
chaude ou l’eau froide et qu’enfin, ce
qui a perdu l’Atlantide, ce n’est pas
l’orgueil et la déraison de ses rois
mais des mœurs dissolues comparables à
celles de Sodome et Gomorrhe ? (1)
Tout comme les réalisateurs nous ont livré
à travers leurs films et le mythe de l’Atlantide
leur vision du monde, Bombard nous fait part, avec
cette «traduction» du texte du philosophe,
de ses rêves, de ses angoisses et à travers
eux la manière dont il vit son époque.
Sa vision de l’homme galant fait très
19e siècle, quand il était de bon ton
dans les sociétés bourgeoises d’avoir
femme et maîtresse. C’est même le
principe de base de toutes les pièces du «théâtre
de boulevard» qui est né à cette
époque. Or cette notion, avec la libération
des mœurs a perdu de son côté institutionnel
pour devenir plus large. Les hommes ont plusieurs
maîtresses, les femmes plusieurs amants et même,
les femmes s’aiment entre elles et les hommes
entre eux (2).
L’homosexualité, revendiquée comme
une liberté à disposer de soi-même,
fait basculer la notion de couple traditionnel et
Alain Bombard, en prétendant que les «mœurs
dissolues» des Atlantes ont conduit ceux-ci
à leur perte semble nous envoyer un avertissement
: toute société où les rapports
hommes/femmes sont remis en cause, disparaîtront
comme ont disparues l’Atlantide, Sodome et Gomorrhe.
Après avoir passé en revue les différentes
localisations du continent englouti, l’ex-navigateur
solitaire explique enfin que l’île qui
fut détruite par la colère de Zeus n’est
autre que le souvenir diffus dans la mémoire
du philosophe et par tradition orale interposée
de l’explosion du Santorin.
Et de conclure : «La légende est toujours
plus belle que la vérité et j’ai
presque regret d’avoir donné l’interprétation
vraie (...). La légende c’est l’inquiétude,
la vérité c’est le calme, la tranquillité,
la certitude. Alors, ai-je joué un bon rôle
que de donner aux hommes le calme et la certitude
? (...). Tâchez un jour de me convaincre que
je me suis trompé (...) et je serai le premier
à être heureux de m’apercevoir
que la légende était vérité
et que ce que j’ai cru être la vérité
n’était qu’un mensonge de la science
qui s’était cru trop forte.»
En 1978, ni les archéologues, ni les scientifiques
ne remettaient en cause la théorie de l’explosion
du Santorin comme source d’inspiration de Platon.
Les premiers travaux publiés sur ce sujet datent
d’ailleurs de 1956, les recherches n’ont
jamais cessé depuis et le 02.01.79, dans le
cadre d’une émission intitulée
«L’odyssée sous-marine du commandant
Cousteau», la télévision diffuse
un documentaire tourné pendant l’année
1978 : «A la recherche de l’Atlantide».
Après avoir suivi un itinéraire mythologique
puis romanesque, l’Atlantide entrait officiellement
dans le domaine de la recherche scientifique l'examen
du film montre comment, malgré les apparences,
un documentaire peut ne pas être objectif.
Françoise Marchand, pour www.atlantide-films.net
2003
(1) Sans oublier les femmes de la civilisation minoenne
qui portaient «des robes boutonnées et
pressionnées.»
(2) Parallèlement au M.L.F. s’était
développé un mouvement semblable ne
regroupant que des hommes, le F.H.A.R. (Front Homosexuel
d’Action Révolutionnaire).
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