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FILMOGRAPHIE
Analyse du film
HERCULE
A LA CONQUETE DE L’ATLANTIDE
de Vittorio COTTAFAVI (1962)
par Françoise Marchand
Où l’on voit le roi de Thèbes
se battre comme un voyou avec des soudards, Hercule
découvrir l’Atlantide et Antinéa
fabriquer une armée de robots pour mieux l’aider
à conquérir le monde. Un film à
la croisée de deux mythes, une bande dessinée
où les forces de la nature s’opposent
aux forces surnaturelles comme le Bien s’oppose
au Mal.
1 - L’histoire
Le devin Tirésias révèle au roi
de Thèbes, Androclès, qu’une grave
menace pèse sur l’Hellade et que ce sont
«les forces terribles d’un mal nouveau
venu de l’occident, d’au-delà des
mers, d’au-delà du détroit d’où
jamais nul navire n’est sorti».
Androclès réunit alors le conseil des
rois. Il tente de les convaincre de la nécessité
de s’unir pour conjurer la menace, mais tous
les autres rois ont chacun des arguments pour lui
refuser leur aide (1). Même Hercule, lassé
de combattre, décide de rester auprès
de sa femme Déjanire.
Androclès est donc contraint de partir seul
mais grâce à la complicité d’Hyllos
(le fils d'Hercule) et du nain Timothéos, il
embarque Hercule au préalable drogué.
Lorsque ce dernier se réveille, le voilier
a quitté la Grèce et vogue vers une
destination inconnue. L’équipage n’est
constitué que d’une poignée de
repris de justice car se sont les seuls qu’Androclès
ait réussi à convaincre.
Peu après le passage du grand Détroit,
une tempête s'abat sur les voyageur. Hercule
en réchappe, avec Hyllos et Timothéos,
Après avoir imploré Zeus de lui faire
retrouver le roi de Thèbes vivant, Hercule
aborde une crique sur un rivage (2) et trouve refuge
dans une île inconnue, l'Atlantide, gouvernée
par la toute puissante reine Antinéa et gardée
par le dieu marin Protée
Le hasard a fait accoster le héros sur les
lieux même d'où vient le danger pour
son peuple. Il apprend en effet, de la bouche du grand
prêtre Zénith, que la reine tire un pouvoir
maléfique d'une «pierre vivante»
qui a le pouvoir de transformer des hommes en êtres
aux aptitudes surnaturelles, race de robots à
sa dévotion, bâtis sur le même
moule et que leur force les rend invincibles. Ceux
qui refusent de se soumettre, comme les prisonniers
de la «vallée des faibles», sont
condamnés à une mort lente. Seul un
rayon de soleil pourra rompre le sortilège
: «Quand un homme brisera ce rocher et qu’un
rayon touchera la pierre, alors se sera la fin du
règne d’Antinéa, de l’Atlantide
et de ceux qui vivent sur cette île.»
Hercule doit surmonter une série d'épreuves
dont la moindre n'est pas l'attrait qu'il exerce sur
la belle Antinéa. Il sauve Androclès
de la «mutation» funeste qui le guettait
et s'associe avec les prisonnier d'Uranus pour donner
l'assaut au palais royal. Un massacre s'ensuit, mais
l'influence de la pierre maudite est enfin neutralisée.
Hercule et ses compagnons parviennent à s'enfuir,
emmenant avec eux Ismène, la fille d'Antinéa,
convertie à leur cause. La montagne gronde
et explose avec des jaillissements de pierres et de
lave (3). Le palais s’écroule, les habitations
sont dévastées et les habitants anéantis.
Sur le bateau, Hercule et ses compagnons voient soudain
l’île frémir et s’effondrer
dans les flots.
Le soleil se couche sur la mer. Hercule (voix off)
: «Dans le détroit, j’érigerai
deux colonnes. Elles inciteront à la prudence
les hommes qui s’aventureront sur l’immensité
d’une mer inconnue.»
2 - Les travaux d’Hercule : 13e !
On imagine qu' «Hercule à la conquête
de l’Atlantide» se situe après
que celui-ci ait accompli ses douze travaux. Il a
épousé Déjanire et a eu un fils
: Hyllos. Mais il n’est pas au bout de ses épreuves
car la vie du héros n’est qu’un
long combat contre des forces pulsionnelles qui lui
interdisent l’accès à toute forme
de spiritualité.
Le film se lit comme une treizième lutte. Un
ultime combat avant la mise à l’épreuve
finale : la mort. Car il n’y a que la mort qui
permettra à celui dont le nom signifie «gloire
d’Héra» d’accéder
à la béatitude et à l’amour
éternel.
Dans la mythologie grecque, l’union d’un
dieu avec une mortelle faisait intervenir la notion
d’infidélité car la narration
représente cette union sous une forme charnelle.
Fils de Zeus et d’Alcmène, Héraclès
a donc bien le statut de héros dont la vie
n’est qu’un formidable conflit entre l’élan
spirituel hérité de son père
et son penchant pour la dépravation sexuelle,
matérialisme pesant issu de sa mère
(4).
Certains ne résistent pas aux richesses et
au pouvoir, comme le firent les Atlantes (eux aussi
enfants et petits-enfants d’un dieu et d’une
mortelle). Le point faible d’Héraclès,
se sont les femmes et l’incontournable désir
qu’elles éveillent en lui.
Ce dernier incarne donc parfaitement la théorie
de l’âme triple de Platon. Les douze premiers
travaux symbolisent le lent passage de la partie basse,
instinctive de l’âme, à l’équilibre
par une juste réflexion. Ce treizième
combat, imposé au héros par Cottafavi
met donc Héraclès face à un problème
essentiel : saura-t-il résister à l’attrait
d’Antinéa, l’éternelle séductrice
?
Pour comprendre pourquoi Héraclès ne
peut sortir que vainqueur de cette épreuve,
il suffit de savoir que, contrairement à la
plupart des héros, celui-ci est complètement
dépourvu de tendances dominatrices. Nul besoin
chez lui de devenir monarque ou bien de conquérir
le monde. Sa lutte est intérieure. Ce qui explique
aussi qu’il n’utilise sa force que pour
une juste cause ou pour lui permettre de franchir
une étape supérieure.
Ainsi, dès la scène d’ouverture,
la psychologie du personnage est fixée. Dans
une taverne, une bagarre générale se
déclenche. Seul, au beau milieu de la pagaille,
Héraclès continue tranquillement son
repas. Il se s’offusque de rien et refuse son
aide à Hyllos et Androclès, car ce combat
n’est pas le sien. En Atlantide, pour faire
faillir Héraclès, il eut fallu qu’Antinéa
use d’une séduction toute féminine
et lui offre des promesses de délices irrésistibles.
Au lieu de cela, ce que propose la reine, c’est
la conquête de l’univers. Dès lors,
il semblait évident qu’Antinéa
allait perdre la partie. Elle la perd avec d’autant
plus de facilité que Cottafavi nous la présente
un peu comme une amazone. C’est-à-dire
dénuée de tous les attraits qu’Hercule,
indépendamment de la beauté, recherche
chez une femme. Comme ses consœurs, elle symbolise
«les femmes tueuses d’hommes : elles veulent
se substituer à l’homme, rivaliser avec
lui en le combattant au lieu de le compléter
(...) Cette rivalité épuise la force
essentielle propre à la femme; la qualité
d’amante et de mère, la chaleur d’âme».
(cf. note 4)
- Pourquoi ce silence. Tu retrouves ta fille vivante
et je ne vois aucune joie dans tes yeux, lui dit Hercule
lorsqu’il ramène Ismène au palais.
C’est qu’Antinéa a définitivement
rompu avec l’humanité des femmes et que
les seuls hommes qu’elle tolère à
ses côtés, lui obéissent au doigt
et à l’œil. Hercule symbolise la
force virile à laquelle il manque une certaine
légèreté. Mais il tutoie les
dieux qui n’hésitent pas à lui
donner un coup de main, ce qui lui confère
tout de même une certaine supériorité.
Antinéa ne se sert que de son intelligence
et de l’invincibilité de ses robots pour
lutter contre ce qui, en définitive, l’effraie
le plus : les hommes et les dieux. Lors de la fête
qui est donnée en son honneur, Hercule reste
peu sensible aux tours de magie qui lui sont présentés.
- En Grèce, nous préférons la
grâce des danseuses aux artifices de la magie.
- Ici, en Atlantide, nous essayons de vaincre les
forces de la nature afin qu’elles soient en
notre pouvoir, explique Antinéa.
- J’aime la nature telle que les dieux l’ont
créée, sauvage et très douce
en même temps, cruelle et généreuse.
- C’est peut-être parce que toi, tu es
très fort, et que ton courage te permet d’affronter
sans nul effroi l’univers et ses mystères.
- Parce que tu es effrayée, toi ? ricane Hercule.
- Peut-être bien, conclut la reine.
Qu’il est facile de jouer les redresseurs de
torts lorsqu’on est grand, fort et béni
des dieux. Antinéa ne peut compter que sur
la force des autres mais contrairement à Hercule
qui met son énergie au service de la conquête
d’un univers intérieur, Antinéa
utilise celle de ses robots pour se masquer la vérité.
Là où la reine du Hoggar chez Pierre
Benoit, tentait désespérément
de trouver l’équilibre en usant de la
force de son amour, la reine de Cottafavi, malgré
les propositions qu’elle fait à Hercule
ne cherche qu’à détenir le pouvoir.
C’est l’unique désir des faibles.
Pourfendeur de monstres, ami des hommes et protégé
des dieux, il n’en faudra pas plus à
Hercule pour s’attaquer à la reine. Mais
avant d’en arriver là, il aura traversé
un grand nombre d’épreuves témoignant
de sa bonté, de sa naïveté et de
sa force.
Cottafavi qui n’ignorait ni Platon ni Pierre
Benoit, ne s’est servi que du premier auteur
pour faire passer son propre message. Contrairement
à E. G. Ulmer dont la version de l’Atlantide
était sortie quelques mois plus tôt,
le metteur en scène italien est opposé
au nucléaire. Pour le premier, la bombe est
purificatrice et c’est le modernisme qui triomphe
de la tradition. Pour le second, le modernisme et
sa conséquence, la robotisation ne peuvent
mener qu’au totalitarisme. Seuls des êtres
sages, confiant dans les forces de la nature triompheront
de ce manque d’humanité. Toute l’histoire
d’Hercule en Atlantide n’est donc qu’une
parabole dans laquelle le symbolisme joue un rôle
essentiel. Le fils de Zeus y suit une sorte de chemin
initiatique qui le mènera de sa Grèce
natale au centre d’une terre inconnue. Du royaume
de la démocratie à celui du fascisme,
du pays des hommes libres à celui d’un
Hitler en jupon, entraînant une armée
secrète toute de noir vêtue et enfermant
les «êtres faibles» dans des camps
de concentration.
Le passage d’un univers à l’autre
se fait lors de la tempête. Hercule passe du
royaume de Zeus et d’Eole à celui de
Poséidon. Il quitte son territoire pour entrer
dans celui de la toute puissance redoutable du dieu
de la mer et de son fils Protée. Le naufrage,
comme un violent baptême, ouvrira au héros
les portes d’un univers où les éléments
s’opposent et se déchaînent au
lieu de se compléter, où un homme incarnant
la sagesse va combattre une femme représentant
la folie. On retrouve une fois de plus, l’opposition
entre les dieux ouraniens et les dieux chthoniens.
Le fait que le royaume de l’Atlantide soit gouverné
par une femme ajoute encore à cette vieille
querelle. Sans nier qu’une femme puisse avoir,
elle aussi, des pulsions dominatrices et exterminatrices,
le choix était un peu facile et l’inconscient
de Cottafavi «à fleur de peau».
Comme le précise Francis Vanoye dans «Les
Atlantides» (5) : «Les avancées
féministes dans l’Italie des années
60 ne sont peut-être pas étrangères
à cette pusillanimité quelque peu misogyne,
d’ailleurs fréquente dans les péplums
(...)»
Dommage que ce dernier ait choisi d’appeler
sa reine Antinéa. N’importe quel autre
personnage, homme ou femme d’ailleurs, aurait
bien pu faire l’affaire. La reine du Hoggar
méritait bien mieux que cela. D’autant
plus que l’actrice Fay Spain est superbe et
que le magnétisme de son regard aurait mieux
servi la cause de l’amour que celle du nazisme.
Si Héraclès, fut considéré
par les Stoïciens comme le symbole de la Sagesse
(il reste de marbre, par exemple, lorsqu’Antinéa
lui offre d’être à ses côtés
sur le trône et l’embrasse sur la bouche)
il est cependant capable de se mettre en colère.
Sa force est alors libératrice car il ne la
met pas au service d’une gloire personnelle
mais à celui d’une noble cause. En l’occurrence
: détruire la menace qui pèse sur l’Hellade.
En abordant l’Atlantide, Hercule comprend la
force du message. Pour détruire ce qu’il
sait être un grand malheur il doit détruire
la pierre d’Uranus, symbole du pouvoir divin
qui inspire Antinéa.
Car plus qu’un dieu, Uranus est un principe.
La reine, placée sous ce signe est comme possédée
par l’instinct de démesure et de puissance.
Pour accomplir sa tâche, le héros pénétrera
au centre du labyrinthe et affrontera les feux de
l’Enfer. En détruisant la cause, Hercule
détruit les effets. L’île explose
et disparaît dans les flots.
C’est la victoire de la sagesse sur l’orgueil,
de la modestie sur l’ambition, de la partie
noble de l’âme sur la partie basse. Ce
que Platon appelle la «Justice» ou E.
G. Ulmer «la limite de sécurité»
est symbolisée dans le film de Cottafavi par
la phrase que prononce Hercule à la fin du
film. Les deux colonnes qu’il érigera
seront comme l’aiguille d’une balance.
Tant qu’elle sera verticale, l’équilibre
entre la raison et la démesure sera respecté.
Indépendamment de la quête initiatique
du héros et du grand nombre d’épreuves
qui lui sont imposées, «Hercule à
la conquête de l’Atlantide» est
un hymne à la paix, à la nature et à
l’amour, où les épisodes d’actions
positives s’opposent à la violence et
la cruauté comme le Bien s’oppose au
Mal. Le réalisateur utilise magnifiquement
la couleur à cet effet et prouve par le souci
du détail une réelle connaissance de
l’art grec.
Cottafavi rejoint ainsi Platon dans la «morale»
de l’histoire mais le personnage principal est
déjà un mythe à lui tout seul.
Il imprègne trop les images pour que celui
de l’Atlantide apparaisse comme seul et unique
propos. Il y a interférence, télescopage
entre deux puissances car Hercule ne conquiert rien
et le titre du film ressemble à une erreur.
«Hercule contre l’Atlantide» eut
été plus juste.
En définitive, ce film de Cottafavi est une
superbe «bande dessinée animée»
où l’auteur joue allègrement avec
les faits historiques et la mythologie pour nous conquérir
nous-mêmes. On regarde le film comme on écoute
un conte de fée : émerveillés
mais pas dupes.
3 – La notion de l’espace chez
Cottafavi
Dans la symbolique de l’espace, les principales
lignes directrices que sont les verticales, les horizontales
et les diagonales ont un sens, dans la double acception
du terme, c’est-à-dire à la fois
direction et signification.
Une verticale en effet n’aura pas la même
signification selon que sa direction va du haut vers
le bas ou du bas vers le haut. Dans le premier cas
elle est symboliquement liée à l’idée
de chute, dans le second, à celle d’élévation.
De même pour les horizontales. Lorsqu’elles
se dirigent de la gauche vers la droite, elles sont
dynamiques, de la droite vers la gauche, elles sont
régressives. Quant aux diagonales, elles cumulent
à elles seules les notions des deux précédentes.
Dans «Hercule à la conquête de
l’Atlantide», Cottafavi joue admirablement
avec ces notions, auxquelles il ajoute une parfaite
maîtrise de la perspective et des couleurs.
Pour lui, comme pour Feyder, l’écran
n’est pas une surface plane mais un espace à
trois dimensions auquel il en ajoute une quatrième
: le rêve. Mais contrairement à Feyder
qui nous attirait à l’intérieur
même de son histoire, celle d’Hercule
nous semble trop éloignée de nous pour
la faire nôtre. L’humour dont Cottafavi
parsème son film n’est pas étranger
à cette prise de position.
Au début du film par exemple, dans une atmosphère
de grande agitation mais néanmoins joyeuse,
Hercule dîne tranquillement dans une taverne.
Les décors détermine un triangle isocèle.
Assis au centre de ce triangle le héros sera
considéré, quoi qu’il advienne,
comme le principe stable de cette aventure. Platon,
dans le Timée, considère le triangle
comme la première des figures géométriques
et représente pour le philosophe le cœur,
symbole de l’équilibre et donc de Justice.
Ce n’est pas un hasard si dans le texte qui
suit (le Critias) on trouve le mythe de l’Atlantide.
Bien que n’étant pas filmée en
caméra subjective, la tranquillité des
prises de vue laisse supposer que c’est du point
de vue d’Hercule dont il s’agit. Des objets
volent, traversent l’écran, il y a des
cris, des coups de poing et comme notre héros,
la caméra semble à peine concernée
par tout ce tumulte. C’est cette petite ruse
qui permet de comprendre, dès le début
du film, qu’à chaque fois que le héros
sera présent à l’écran,
c’est Cottafavi, à travers l’œil
de sa caméra, qui se projette comme un double
invisible. C’est aussi ce regard tranquille
et humoristique qu’il convient d’adopter
pour l’analyse de ce film.
A travers l’aventure d’Hercule, Cottafavi
constate que la sagesse ne peut s’acquérir
que dans un monde calme et ordonné où,
sans se priver des plaisirs qu’offre la vie,
il convient de respecter les traditions en faisant
appel à plus sage que nous. Face à une
menace qu'il ne comprend pas Hercule va donc consulter
le devin Tirésias.
Plongée soudaine dans un monde de mystères
auquel ni Hercule, ni ses amis n’ont accès.
Entré dans l’univers de Tirésias
par une diagonale droite/ gauche (symboliquement en
se tournant vers plus sage et plus ancien que lui)
Hercule s’arrête à la limite d’un
escalier. C’est Tirésias lui-même,
qui s’avance vers le héros dans une diagonale
inverse. Le devin remonte lentement l’immense
escalier dans la direction gauche/droite. Chacun ayant
fait une moitié du chemin dans la limite de
leurs territoires respectifs, la jonction se fera
au milieu de l’écran.
Suite à cette rencontre, Androclès souhaite
combattre la menace qui pèse sur l’Hellade
avec le soutien moral et logistique des autres rois
de Grèce. La réunion a lieu dans la
salle du Conseil. La pièce est filmée
dans sa profondeur. Au premier plan, le trône
d’Androclès donne l’échelle
de l’ensemble. Verticales et horizontales se
croisent sur la position du roi de Thèbes qui
explique le but de cette réunion. Puis très
vite, le réalisateur introduit les diagonales
au fur et à mesure que les autres rois donnent
leurs avis. Et, parce qu’ils ont tous de bonnes
raisons pour refuser leur soutien à Androclès,
Cottafavi multiplie les plans et le nombre des diagonales.
Jusque là, Hercule nous était montré,
soit assis (dans la taverne), soit allongé,
conscient mais passif (dans la salle du Conseil, chez
lui avec Déjanire, sur la plage de la mutinerie).
C’est la position dans l’eau, lorsqu'après
la tempête Hercule se réfugie sur une
plage, qui marque la transition entre l’horizontalité
du héros (symbole du refus d’agir) et
la verticalité (principe de l’action).
C’est en effet en abordant la plage de Protée
et en combattant les monstres qu’Hercule semble
s’éveiller à la conscience du
danger. Dès lors la situation, comme les prises
de vue, s’accélèrent.
L’arrivée au palais d’Antinéa
reprend la même construction que la scène
du Conseil. A cette différence que maintenant
le héros n’est plus allongé derrière
le trône d’Androclès mais debout
derrière une porte et prêt à l’action.
Après une courte séquence où
Antinéa, par d’habiles gros plans, nous
apparaît à la fois dans sa beauté
et sa cruauté, Hercule est confronté
à l’immensité rougeoyante du palais
labyrinthique où le héros est sans cesse
renvoyé à lui-même. La scène
où celui-ci se heurte à sa propre image
dans un miroir montre la fragilité de l’homme
sans cesse opposé aux dangers de l’illusion.
Cottafavi utilise d’ailleurs, pour nous confronter
aux distorsions de la réalité, des perspectives
étonnamment profondes et anamorphosées
sur lesquelles il met une bande-son qui s’apparente
à ce qu’on appelle de la musique concrète.
Ces sons, déjà utilisés pour
les scènes de combats avec les différents
avatars de Protée, sont les signes qui indiquent
la frontière entre le naturel et le surnaturel.
Ismène, dont la mère cherche à
se débarrasser par tous les moyens, est de
nouveau condamnée. Elle est sauvée de
justesse par Hyllos et l’innocence de ce jeune
couple, tout au long de l’histoire, va être
mise, non pas en opposition, mais en parallèle
de la perversité d’un autre couple constitué
par Antinéa et son âme damnée,
le chef de la garde. Entre les deux, Hercule représente
le rempart qui interdit au Mal d’atteindre le
Bien.
Convaincue qu’Androclès n’est décidément
pas l’homme de la situation (elle voulait en
faire son second), Antinéa le délivre
du sarcophage dans lequel le chef de la garde l’avait
fait enfermer (à rapprocher du sarcophage dans
lequel John, dans le film d’Ulmer, trouve la
mort) et l’expédie dans la vallée
des hommes faibles.
C’est à partir de cet instant qu’une
nouvelle direction est introduite par Cottafavi. La
verticale de haut en bas. Jusqu’à présent,
celles-ci nous étaient montrées dans
leur aspect positif, celui de l’élévation.
Avec la scène suivante elles indiquent la chute.
Du haut d’une falaise, Androclès est
descendu au fond d’une vallée où
une population misérable est condamnée
à une mort certaine. La nourriture est jetée
d’en haut et c’est aussi du sommet d’un
rocher qu’Hercule aperçoit l’état
et le lieu dans lesquels sont tombés son ami.
Du Ciel, sur lequel la silhouette du héros
se découpe, ce dernier va passer à l’Enfer.
Entre les deux, il va parcourir un labyrinthe souterrain
et découvrir l’antre d’Uranus.
Hercule tente d’arracher au prêtre le
secret de cette force surnaturelle.
Convaincu, le prêtre accepte, dans l’espoir
de sauver l’Atlantide du maléfice, de
révéler le secret. Hercule retourne
alors au palais pour tenter de sauver ses compagnons.
Mais il se heurte à la mystérieuse garde
d’Antinéa qui se révèle
être une armée de clones robotisés.
Le rouge et le noir associent leurs tendances maléfiques
pour combattre dans une lutte inégale celui
qui n’a que la sagesse.
Hercule ne résiste pas à un tel déséquilibre
et va rejoindre Hyllos dans les tréfonds d’une
geôle souterraine. Le plafond de la prison se
met soudain à descendre et menace les deux
hommes. Face à des forces surnaturelles Hercule
se retrouve souvent démuni mais il est particulièrement
efficace contre les éléments naturels.
Concentrant toutes ses forces, le héros lève
les bras et tel l’Atlas du palais supportant
le plafond de la grande salle, Hercule va, dans la
même position relever le plafond et le faire
basculer. Hyllos et son père pourront alors
rejoindre la surface de la terre en escaladant (retour
à la verticale positive) l’immense chaîne
de la machinerie infernale.
Tout comme peu de temps auparavant, Hercule était
passé du Ciel à l’Enfer, il va
pouvoir, dans un mouvement inverse, remonté
des Enfers vers le Ciel. Cette lutte se fait par le
biais d’une nouvelle ascension. Afin de permettre
à la lumière du soleil d’anéantir
celle d’Uranus, le héros doit ouvrir
la paroi de la grotte. Quelques instants plus tard,
un rayon pénètre dans le souterrain
et peu à peu glisse à la rencontre de
l’ouverture dans le sol. Au moment où
les deux puissances se rejoignent, le prêtre
consacre l’union irrémédiable
et destructrice puis le volcan explose. Hercule, après
un magnifique plongeon dans la mer rejoint ses amis
sur le bateau. Cette verticale, bien qu’elle
se dirige vers le bas ne revêt pourtant pas
un caractère négatif car avant d’entamer
le grand saut, le fils de Zeus a levé son regard
vers le Ciel. Cette prière muette le rend invincible
et l’on sait que cette chute sera (comme celle
du rideau au théâtre) la conclusion d’une
grande aventure.
Pendant que le bateau s’éloigne, avec
à son bord les quatre héros du début,
plus Ismène, l’Atlas atlantéen
branle sur son socle, le poids du plafond, par la
colère de Zeus, lui brise les bras et le palais
s’écroule. La verticale positive du plongeon
d’Hercule trouve ici son contraire et c’est
au tour de l’Atlantide de s’effondrer
et de disparaître dans les abîmes de l’océan
. Les images de cataclysmes sont toujours angoissantes
(même lorsqu’il s’agit de l’Atlantide).
Cottafavi nous offre alors un spectacle d’une
grande sérénité. Au milieu d’une
mer qui a retrouvé son calme (son horizontalité),
un bateau navigue tranquillement
Le soleil, qui au début du film avait été
obscurci par les maléfices rouge sang d’une
menace inconnue, reprend alors tous ses droits et
se couche à l’horizon d’un avenir
vigilant. Prudence, nous dit Cottafavi par la voix
d’Hercule, le danger est toujours présent,
invisible et menaçant. Gardons-nous d’aller
le provoquer inutilement.
Françoise Marchand, pour www.altantide-films.net
2003
(1) Allusion à ce qui s’est effectivement
passé en 490 avant J.C. lorsqu’Athènes
a vainement tenté de s’unir aux autres
cités grecques pour combattre les Perses. A
cette époque il n’y eut que Sparte et
quelques cités du Péloponnèse
pour se rallier à sa cause (victoire à
Marathon). C’est à cet événement
que selon certaines versions, Platon fait allusion
dans l’Atlantide. Par contre, contrairement
à ce qui est suggéré dans le
film, Thèbes était déjà
ralliée à l’ennemi et était
prête à accueillir les Perses.
(2) En 1959, Henri Levin tourne «Voyage au centre
de la terre» où l’on raconte comment
le professeur Lindenbrook découvre l’Atlantide
au centre de notre planète. Au moment où
ce dernier aperçoit l’île, il sort
d’une grotte qui ouvre sur une petite crique,
et voit l’île en face. Cette image est
exactement la même que dans le film de Cottafavi.
Comme le champ et le contrechamp d’un même
décor.
(3) Les images de l’éruption volcanique
sont tirées du film d’Haroun Tazieff:
«Les rendez-vous du diable».
(4) Le symbolisme dans la mythologie grecque - Jean-Paul
Diel - Petite Bibliothèque Payot - 1992.
(5) Les Atlantides - Littérales - Université
de Paris X - Nanterre - 1996.
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