Platon
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INTRODUCTION
LES CINEASTES
par
Françoise Marchand
Certains
cinéastes, comme les poètes de l'Antiquité,
considèrent le monde dans lequel ils vivent
comme imparfait, inhumain, faisant obstacle à
l’épanouissement de la personnalité.
Par leurs images ils dévoilent leurs angoisses
mais aussi leurs désirs les plus profonds.
Les plus optimistes esquissent les contours de la
société dont ils rêvent, ils recréent
un monde en parallèle de celui dans lequel
ils vivent et nous offrent à travers l’écran
la possibilité d’y parvenir. Les plus
pessimistes lancent un appel, un avertissement et
leur témoignage, tel le mythe platonicien,
nous invite à plus de sagesse.
La toile, comme un passage symbolique nous ouvre les
portes d’une autre réalité : celle
que nous refusons de voir ou celle que nous désirons.
Dans les deux cas, voir et entendre ne nous laissera
pas indemnes car c’est savoir et comprendre.
Depuis les origines de l’homme, les poètes
ont toujours eu le souci de nous faire découvrir
des mondes fabuleux où l’homme vivrait
dans une merveilleuse félicité avec
cependant la certitude que tout a une fin. Les mythes
de l’Age d’Or, de Paradis ou de royaumes
engloutis témoignent de ce désir de
nous arracher aux difficultés terrestres tout
en nous invitant à une réflexion sur
nos comportements. Au cours des siècles, les
auteurs d’utopies sociales, conscients que les
mondes qu’ils décrivaient étaient
inaccessibles les situaient aux confins du monde.
En ces lieux qui pour beaucoup relevaient encore de
l’imaginaire. Plus tard, les auteurs de «science-fiction»
déplacèrent leurs univers dans un futur
tout autant inaccessible. Mais qu’ils soient
du passé ou du futur les mondes qu’ils
décrivaient étaient bien les mêmes.
Ceux du temps présent. Aujourd’hui, en
situant leurs histoires dans un temps et un espace
qui ne relèvent pas des nôtres sans pour
autant y être étrangers, les cinéastes
n’agissent pas autrement. Consciemment ou inconsciemment
ils nous obligent à la «réflexion».
L’écran, comme un immense miroir, nous
renvoie une image de nous-mêmes et du monde
dans lequel nous vivons.
Les cinéastes, comme les peintres de la préhistoire
ou les poètes de l’Antiquité sont
les témoins de leur temps.
1
- Pouvoir des images
Si mythe, rêve et cinéma ont sur nous
le même effet c’est qu’ils agissent
sur notre inconscient en nous impliquant corporellement.
Comme un rituel d’initiation, une séance
de cinéma nécessite notre totale participation.
Aller au cinéma est un acte volontaire. Nous
y allons pour être émus, bouleversés,
pour faire tomber les barrières qu’une
censure individuelle ou sociale a élevées
devant nos désirs. En ce sens, une séance
de cinéma serait assez proche d’une séance
de psychanalyse. Pour reprendre conscience de ce qui
est devenu inconscient, le patient est invité
à parler librement. Au fur et à mesure
il opère un transfert de ses sentiments sur
le psychanalyste.
Au cinéma, le spectateur doit, non plus libérer
la parole, mais ses sens et effectuer ainsi un transfert
sur les personnages de l’écran. Le corps
se fait alors antenne, organe sensoriel intégral.
Ouvrir grand les yeux, les oreilles, laisser notre
souffle aller et venir, serrer les poings ou la main
d’un ami, essuyer l’humidité de
nos larmes, se mordre les lèvres et permettre
ainsi aux images de nous métamorphoser.
Libératrices, les images le deviennent alors,
lorsqu’elles nous permettent de nous identifier
aux héros positifs, de résoudre des
conflits intimes, de faire endosser nos faiblesses
sans la moindre culpabilité aux héros
négatifs, lorsqu’elles nous mènent
de l’émotion à la réflexion.
Mais lorsqu’elles exacerbent nos pulsions, les
images peuvent être aussi manipulatrices. «Le
triomphe de la volonté» de Leni Riefenstahl
(1935) est l’exemple le plus connu, le plus
éloquent mais il n’est pas le plus perfide
tant le mécanisme est évident et le
sens limpide.
La manipulation est plus dangereuse -et efficace-
lorsqu’elle prend des allures de jeux. Sous
couvert d’un comportement ludique, des images
peuvent faire adopter à des milliers de personnes
un comportement identique. Lors de «La nuit
du publivore» (1) par exemple, on assiste au
spectacle inquiétant de milliers de personnes
répétant, scandant ou mimant au même
moment des messages incongrus.
Lorsque George Orwell écrit «1984»,
tout le monde s’inquiète de l’éventualité
d’un pouvoir totalitaire qui manipulerait les
humains en conditionnant leurs réflexes. De
nos jours certaines images n’agissent pas autrement
car le passage de l’émotion à
l’action ne se fait plus par le biais de la
réflexion mais par simple réaction à
une pulsion.
Quand Platon dénonce les mythes et propose
de jeter les poètes hors de la cité
c’est parce qu’il leur reproche de ne
faire appel qu’à la partie basse de l’âme.
En ce lieu où s’affrontent passions et
désirs. La réaction est excessive et
inutile. Diaboliser les mythes serait comme diaboliser
le cinéma aujourd’hui.
Prendre conscience du danger des images manipulatrices
n’interdit pas cependant d’aimer les autres.
Car le cinéma fixe sur une pellicule. Il garde
trace et notre mémoire s’inscrit en mouvement
dans nos cinémathèques. Documentaires
et actualités rappellent sans cesse l’histoire
en marche. Les fictions réactualisent en permanence
nos désirs, car au fil des époques c’est
toujours la même histoire que nous racontent
les films : celle de l’humanité.
Platon écrit l’Atlantide au 4e siècle
avant J.-C. En 2001, les studios Disney sortent un
film portant le même nom. Entre les deux, les
traces du mythe se comptent par milliers et pour mieux
se faufiler jusqu’à notre 20e siècle,
depuis l’antiquité, l’histoire
a emprunté tous les chemins que les médias
lui offrait.
Les historiens de la communication mettent en évidence
trois types de civilisation : celle de l’oral,
celle de l’écrit et celle de l’image.
Le tracé général du mythe suit
cette division :
- oralité jusqu’à Platon,
- écrits de Platon à Pierre Benoit,
- images depuis Jacques Feyder. (2)
Si depuis 1895 le cinéma a connu un tel engouement
c’est qu’il cumule à lui tout seul
ces trois systèmes, d’où sa force
:
- l’oral avec le son (paroles, musiques, bruitages)
- l’écrit avec les génériques,
les titres, les cartons, les affiches, les programmes,
les sous-titres...
- l’image : celles du film mais aussi les photos
de plateau, les affiches...
Utilisée, réutilisée, manipulée
jusqu’à l’usure dans la plupart
des livres quand est-il de l’Atlantide dans
la production audiovisuelle ? L'inventaire de tous
les films qui traitent directement du mythe peut apporter
un début de réponse.
Françoise Marchand pour www.atlantide-films.net
2003
(1) Diffusion pendant une nuit entière de messages
publicitaires du monde entier.
(2) Cette division n'est pas aussi rigoureuse dans
la réalité car depuis Pierre Benoit
il ne se passe pas longtemps sans qu'un livre (roman,
article de journal, recherche…) n'évoque
le mythe.
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