Platon
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PLATON
& BENOIT
LE MYTHE DE L'ATLANTIDE
par Françoise Marchand
L’histoire de l’Atlantide
est racontée dans deux ouvrages de Platon :
Le Timée et le Critias. Œuvres écrites
à la fin de sa vie. Le Timée débute
par un dialogue entre quatre personnages : Socrate,
Timée, Hermocrate et Critias. C’est Socrate
qui ouvre les débats. Dans son dialogue avec
Critias il rappelle les grandes lignes d’une
conversation précédente qui avait portée
sur la constitution la plus parfaite et par quels
hommes elle devait être appliquée.
Hermocrate n’intervient que pour une réplique
de transition et annoncer le discours de Critias.
Enfin Critias raconte l’antique exploit «effacé
par le temps et les destructions d’hommes»
et qui fut réellement accompli par Athènes
: le combat qui l’opposa aux Atlantes. Il commence
par situer les circonstances pendant lesquelles lui
fut contée l’histoire. Pour que le texte
reste vivant, il fait parler son grand-père.
Celui-ci raconte alors le voyage de Solon en Egypte
et comment ce dernier apprit d’un prêtre
l’histoire des Athéniens d’il y
a neuf mille ans. (1)
Le prêtre égyptien précise que
s’il est au courant c’est parce que tout
est consigné par écrit dans les temples
depuis un temps immémorial, alors que les Grecs
ont eu à subir de grands bouleversements, que
seuls les illettrés et les ignorants survivent
et qu’en conséquence ils se conduisent
toujours comme des enfants, ne sachant rien de ce
qui s’est passé dans les temps anciens.
Le prêtre décrit ensuite les points communs
entre la civilisation égyptienne et celle des
Grecs pour démontrer qu’à l’origine,
Athéna est bien la fondatrice de Saïs.
Raison pour laquelle les Egyptiens ont copié
un grand nombre de lois sur les Athéniens de
l’époque.
Il poursuit en précisant qu’ont été
conservé les écrits qui racontent comment
«votre cité (Athènes) détruisit
jadis une immense puissance qui marchait insolemment
sur l’Europe et l’Asie tout entières,
venant d’un autre monde situé dans l’océan
atlantique.»
A l’origine «les rois (d’Atlantide)
avaient formé une grande et admirable puissance
(...) En outre, ils étaient maîtres de
la Libye jusqu’à l’Egypte et de
l’Europe jusqu’à la Tyrrhénie.
Or un jour cette puissance, réunissant toutes
ses forces, entreprit d’asservir d’un
seul coup votre pays, le nôtre et tous les peuples
en deçà du détroit.»(2)
Abandonnée par toutes les autres cités,
seule Athènes osa affronter les guerriers Atlantes.
«Mais dans le temps qui suivit, il y eut des
tremblements de terre et des inondations extraordinaires,
et, dans l’espace d’un seul jour et d’une
seule nuit néfastes, tout ce que vous aviez
de combattants fut englouti dans la terre, et l’île
Atlantide, s’étant abîmée
dans la mer, disparut de même. Critias achève
son récit sur ces paroles. Il propose alors
à Socrate de lui rapporter l’histoire
en détails en précisant toutefois :
«Les citoyens et la cité que tu nous
as représentés hier comme une fiction,
nous allons les transférer dans la réalité;
nous supposerons ici que cette cité est Athènes
et nous dirons que les citoyens que tu as imaginés
sont ces ancêtres réels dont le prêtre
a parlé. Entre les uns et les autres la concordance
sera complète et nous ne dirons rien que de
juste en affirmant qu’ils sont bien les hommes
réels de cet ancien temps.»
Socrate approuve, car, dit-il «le fait qu’il
ne s’agit pas d’une fiction, mais d’une
histoire vraie est d’un intérêt
capital». Le passage sur l’Atlantide,
dans Le Timée, s’achève sur cette
conclusion. Tout le Critias, dialogue qui suit immédiatement
celui du Timée, est consacré à
l’histoire de l’Atlantide. Il porte ce
nom car Critias monopolise la parole jusqu’au
bout. Pour pouvoir raconter le combat qui opposa les
Athéniens aux Atlantes, Critias commence par
décrire les combattants en donnant la priorité
aux Athéniens. Il compare la richesse du pays
neuf mille ans auparavant avec la pauvreté
actuelle. Puis il parle de l’organisation sociale
d'Athènes en vantant les mérites de
ses habitants.
Critias passe ensuite à la description de l’Atlantide.
Tout comme Athéna et Héphaïstos
reçurent la Grèce en héritage,
Poséidon reçut un continent situé
au large des colonnes d’Hercule en plein milieu
de l’océan. A l’origine, sur cette
île habitaient Evénor et Leucippe et
le dieu de la mer, éprit de leur unique fille
Clito l'épousa et installa ses dix fils, cinq
couples de jumeaux, sur tout son territoire. L’aîné,
Atlas, qui donna son nom à l’île
et à l’océan qui l’entoure,
hérita du domaine central.
La lignée d’Atlas conserva le pouvoir
de génération en génération
accroissant sans cesse ses richesses. Beaucoup lui
venaient du dehors mais le principal était
assuré par l’île elle-même
et notamment ce métal si précieux «une
espèce dont nous ne possédons plus que
le nom, mais qui était alors plus qu’un
nom et qu’on extrayait de la terre en maint
endroit de l’île : l’orichalque.»
La description que fait alors Critias de l’Atlantide
ressemble à la description du Paradis. Tout
y pousse de façon luxuriante : bois, fruits,
pâtures. Les parfums abondent, les fleurs s’épanouissent.
«Avec toutes ces richesses qu’ils tiraient
de la terre, les habitants construisirent les temples,
les palais des rois, les ports, les chantiers maritimes,
et ils embellirent tout le reste du pays (...)»
Jadis isolée, la colline centrale fut reliée
au reste de l’île. C’est là
que chaque année, les dix rois réunis
venaient offrir des sacrifices. L’organisation
sociale était précise et l’organisation
militaire rigoureuse. Le gouvernement et les charges
publiques avaient été réglées
à l’origine par Poséidon de la
manière suivante : «Chacun des dix rois
dans son district et dans sa ville avait tout pouvoir
sur les hommes et sur la plupart des lois : il punissait
faisait mettre à mort qui il voulait. Mais
leur autorité l’un sur l’autre
et leurs relations mutuelles étaient réglées
sur les instructions de Poséidon, telles qu’elles
leur avaient été transmises par la loi,
et par les inscriptions gravées par les premiers
rois sur une colonne d’orichalque placée
au centre de l’île dans le temple de Poséidon
(...). Sur la colonne, entre les lois, un serment
était gravé, qui proférait de
terribles imprécations contre ceux qui désobéiraient.»
Tant que les Atlantes restèrent «attachés
au principe divin auquel ils étaient apparentés»
ils furent heureux. Mais peu à peu, incapables
de supporter le poids de leurs richesses et avides
de tous les pouvoirs, ils perdirent leurs qualités,
abandonnant la tempérance pour les excès,
le beau pour le laid, le bien pour le mal. Gonflés
d’orgueil ils s’armèrent pour conquérir
le monde mais trouvèrent face à eux
les Athéniens. Le combat fut sanglant mais
les Atlantes furent vaincus. Zeus décida alors
d’anéantir ceux qui avaient trahi leur
condition. Les armées Atlantes, mais hélas
avec elles, celles des Athéniens, furent englouties
par les flots.
« (…) le miroir de l’Atlantide
se donne d’emblée comme un miroir de
mort dans lequel tous les fantasmes des utopies ultérieures
viendront se refléter»(3)
Ce qui ruina l’Atlantide, fut un excès
dans les deux sens. La perte de la raison de ses rois
entraîna une avidité de pouvoir : aller
toujours plus loin, conquérir plus, être
les seuls maîtres du monde. Leurs richesses
ne leur suffisaient plus. Ils voulaient toujours plus.
Cet écartèlement provoqua la rupture.
Aveuglés par leurs ambitions disproportionnées,
il a suffi du courage d’une cité pour
les faire tomber. Ce fut la chute des Titans, le combat
de David contre Goliath.
Platon croyait-il à l’Atlantide ? Oui.
Car l’Atlantide existe bien. Secrète,
invisible. Multiple et unique. Paradis et Enfer au
plus profond de notre âme. Symbole de notre
lutte entre nos désirs et notre raison.
Françoise Marchand pour www.atlantide-films.net
2003
(1) Ces 9000 ans posent bien des
problèmes. Pour certains auteurs cette durée
a été choisie arbitrairement par Platon
pour que l’événement ne puisse
être vérifié. Pour d’autres,
il s’agirait des années égyptiennes,
en réalité 9000 mois, soit 750 ans avant
Platon. Une théorie envisage ces années
comme des saisons. Une autre prend le texte du philosophe
au pied de la lettre, ce qui nous transporte en pleine
préhistoire. Le chiffre de 9000 ans n’a
certainement pas été pris au hasard
par Platon. En l’absence d’explications,
on peut émettre l’hypothèse que
dans ce nombre c’est le 9 le plus important.
Etant le dernier de la série des chiffres il
exprime à la fois la fin d’un cycle et
le début d’un autre. Le 9 apparaît
fréquemment dans l’image du monde décrite
par Hésiode dans sa Théogonie. Neuf
jours et neuf nuits sont la mesure du temps qui sépare
le Ciel de la Terre et celle-ci de l’Enfer.
Lors du déluge, Deucalion et Pyrrha flottèrent
neuf jours et neuf nuits sur les flots déchaînés.
C’est durant neuf nuits d’amour que Zeus
engendra les neuf Muses et il ne faut pas moins de
neuf mois pour mettre un enfant au monde. Ces 9000
ans choisis par Platon semblent donc signifier qu’un
long cycle s’achève et qu’un nouveau
va commencer. Il annonce qu’une catastrophe
est peut-être imminente.
(2) Le détroit de Gibraltar
Platon et le miroir du mythe - Jean-François
Mattéi - PUF - Collection Thémis - 1996.
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