SYMBOLISME
CENTRE, CERCLE ET LABYRINTHE

par Françoise Marchand

1 - Centre
Dans la pensée religieuse des Grecs, le Centre du Monde était désigné par le terme : Omphalos (qui signifie nombril). «Renflement du sol ou pierre ovoïde, l’omphalos, qui a rapport avec la Terre et qui parfois est qualifié de Gé (Gaïa), représente tout à la fois un point central, un tombeau, un réservoir d’âmes et de vies»(1) . Ce rapport entre Centre et féminité est important pour la suite.
Ainsi, nombre de temples, dédiés à la gloire des dieux ou des déesses, sont dressés sur des lieux élevés qui deviennent par conséquent des Montagnes Sacrées. C’est autour de ce point central que va s’organiser la société.

Autour du palais de Poséidon et de Clito, la cité est divisée en cinq parties : trois bras de mer et deux de terre. Après avoir engendré cinq couples de jumeaux le dieu de la mer divise l’Atlantide en cinq parties, chacune revenant à un couple. Mais n’ayant donné naissance à aucune fille, Poséidon et Clito ne pourront offrir à leurs fils que des épouses mortelles. De génération en génération leur nature divine s’effacera donc au profit de leur nature mortelle.
En s’éloignant, de leur centre géographique par leur volonté d’expansion, et spirituel, en oubliant leurs origines les dix rois de l’Atlantide franchissaient alors un seuil, une limite en deçà de laquelle ils ne pouvaient plus revenir et qui allait les mener à la rupture.

Désir et Raison, au lieu de se «re-centrer», s’éparpillaient et se dissolvaient dans un orgueil qui allait les anéantir.

2 - Cercle

La notion de Centre implique celle de rayons et de cercle. On retrouve cette organisation circulaire dans tous les milieux.

Biologiquement, l’être humain se développe sur le principe de la multiplication d’une cellule de base dont l’ovule est la représentation parfaite. Socialement, l’organisation d’un groupe se fait autour d’un chef. Soit dans une structure simple : un chef, entouré d’un Conseil de Sages, lui-même entouré par la tribu (les Indiens d’Amérique par exemple), soit dans une structure plus élaborée : un Président, des ministres, des Conseils, le peuple. Pour se défendre, les ouvriers s’organisent en syndicat, avec son Secrétaire Général, son bureau et ses adhérents. L’éducation aussi suit ce principe hiérarchique avec au centre : le chef d’établissement entouré d’une équipe de professeurs puis l’ensemble des élèves.

La nature nous apporte des témoignages constants de ce principe. Il n’y a qu’à observer la coupe d’un tronc d’arbre, la toile d’une araignée, des cristaux de neige, le soleil avec ses planètes, les galaxies...
En architecture, les exemples de constructions circulaires sont innombrables et les urbanistes ont bien compris l’importance de ce type d’organisation. Ne parle-t-on par de «Centre-Ville» ou du «Cœur de la ville» ? Les Grecs déjà en inventant l’Agora posaient comme principe d’équilibre et d’échange un lieu central où tous les citoyens, considérés comme égaux pouvaient librement débattre.

Ainsi, cette notion de centre semble vital à l’être humain. «A partir d’un noyau dont la tâche est d’organiser la structure et de drainer les énergies (et non de confisquer le pouvoir) tout un système d’échange s’établit avec l’extérieur. C’est ce va-et-vient entre l’intérieur et l’exté-rieur qui est symbole de vie. Que ce va-et-vient cesse, que le Centre monopolise le pouvoir et l’équilibre est rompu. Le système devient chaotique, explose ou se désagrège»(2) .
Pour que le Centre reste, comme l’écrit Jean-Pierre Vernant «un réservoir d’âmes et de vies» (cf. note 1) il doit être associé à ce que Marie Pré décrit comme «un va-et-vient entre l’intérieur et l’extérieur». Cette notion de mouvement d’un centre vers la circonférence et inversement évoque le cheminement à l’intérieur d’un labyrinthe.

3 - Labyrinthe
Contrairement à la simple notion de centre dont les rayonnements diffusent de l’intérieur vers l’extérieur, de l’unique vers le multiple, le labyrinthe implique la notion inverse. L’extérieur vers l’intérieur, le multiple vers l’unique, la déconcentration vers la concentration.
Si l’organisation qui part du Centre vers l’extérieur semble d’une rigoureuse simplicité, le mouvement inverse est beaucoup plus compliqué. En effet, le parcours d’un labyrinthe à voie unique suit des circonvolutions qui obligent à un perpétuel mouvement d’avance et de recul mais qui peu à peu rapproche du centre.

Ce jeu constant entre positif et négatif, cette quête d’un équilibre entre l’ombre et la lumière c’est le film en train de se monter, l’histoire en train de s’élaborer. Le labyrinthe prend alors des allures de «Grand Tout» dans lequel viennent se rassembler des mondes épars. Fragments d’images, instantanés de vies qui ne prendront leur sens qu’au terme du voyage.
L’accès au Centre ressemble ainsi à un voyage initiatique. Flux et reflux d’une grande marée qui engloberait le temps et l’espace. Ce Centre, enfoui au plus profond de l’univers ou de nous, ne sera atteint qu'après une longue recherche patiente. Les épreuves sont nombreuses mais celui qui accède enfin à son «noyau» découvre la plénitude.

La description de Platon sur l’aménagement d’Atlantis correspond bien à cette fonction et rappelle par sa précision le plus petit constituant de base circulaire de toute création : la cellule.
D'autre part, en suivant les indications du philosophe, le plan de la cité s'élabore très facilement. On peut en voir une représentation en 3D dans le documentaire "A la recherche de l'Atlantide".

Formées de trois éléments, la cellule et la cité atlantéenne présentent des similitudes. Cette dernière correspond également en tous points à la description de la cité idéale et de son bon fonctionnement décrite dans La République IV et comparée à la notion de tripartition de l'âme.

CELLULE ATLANTIS
CENTRE Noyau qui contient le programme (ADN). Citadelle au centre de laquelle se trouve le temple de Clito et de Poséidon, siège du pouvoir d’Atlas.
CYTOPLASME Lieu de circulation et de transformation. Espace où circulent librement les hommes, les bateaux, les marchandises.
MEMBRANE Elle maintient l’unité de l’ensemble et assure les échanges avec l’extérieur. Grand canal bordé par les quartiers marchands. Point de contact entre la cité et le monde extérieur.

La Montagne Sacrée d’Atlantis correspond en tous points à la notion d’Omphalos. Féminine par la présence de Clito, elle va au cours du temps devenir réservoir de vies dont Atlas sera le premier témoignage puis enfin, tombeau de Poséidon.
De la notion de Centre on passe à celle de cercle par l’organisation politique et sociale de la cité. Atlantis devint un labyrinthe à voie unique lorsque les habitants complétèrent l’œuvre du dieu en aménageant divers passages de l’extérieur vers l’intérieur par un système assez compliqué de fossés et de bassins souterrains.
Mais, tout comme le dysfonctionnement d’une cellule peut avoir de graves conséquences sur l’équilibre général d’un être humain, le dysfonctionnement d’un élément d’une société peut être fatal à la société entière.

C’est ce qui arriva en Atlantide. Ses rois «tout infectés qu’ils étaient d’injustes convoitises et de l’orgueil de dominer», ayant perdu le sens de la modération, ont conduit l’île à sa perte, à sa disparition.
«Alors le dieu des dieux, Zeus, qui règne suivant les lois et qui peut discerner ces sortes de choses, s’apercevant du malheureux état d’une race qui avait été vertueuse, résolut de les châtier pour les rendre plus modérés et plus sages.»
En perdant le sens de leur vie, les rois de l’Atlantide ont perdu le fil de leur histoire. Incapables de retrouver leur chemin, ils sont sortis du labyrinthe sans en avoir atteint le centre. Ils ont provoqué un hiatus irrémédiable dans le cours de leur destinée. L’histoire des Atlantes est celle d’un destin inachevé. Un film auquel il manquerait le mot fin.

Françoise Marchand, pour www.atlantide-films.net 2003

(1) Mythe et pensée chez les Grecs - Jean-Pierre Vernant - Editions La Découverte/Textes à l’appui - Paris - 1990.
Neuro-pédagogie et mandala - Marie Pré - Edition Marie Pré - 1990.


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