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SYMBOLISME
AU CENTRE DE L'HISTOIRE : UNE FEMME
par Françoise Marchand
Il existait encore, au début du siècle,
dans les pays scandinaves et en Angleterre un jeu
baptisé : «Ville de Troie». La
règle en était fort simple. Après
avoir construit au sol, à l’aide de pierres,
un labyrinthe, une jeune fille était placée
au centre. Deux jeunes hommes parcouraient alors dans
des directions opposées les chemins du labyrinthe.
Ils avaient la même distance à parcourir.
Leur objectif : atteindre la jeune fille le plus rapidement
possible. Le premier arrivé au centre gagnait
son cœur.
A l’origine, Troie ne possédait pas
de rempart. Lorsque Pâris, prince de Troie,
revint de Grèce avec Hélène,
il installa celle-ci au cœur de son royaume.
Après la déclaration de guerre des Grecs
qui voulaient récupérer la femme de
leur roi, c’est Poséidon lui-même
qui aida les Troyens à bâtir autour de
leur cité de hautes murailles pour la protéger.
Sans succès d’ailleurs.
Lorsque Thésée eut combattu le Minotaure
dans le labyrinthe construit par Dédale, il
s’enfuit de Crète avec Ariane. Ils firent
escale sur Délos et là, pour fêter
leur liberté, Ariane les entraîna dans
«la danse de la grue»(1). C’est
cette danse qui est à l’origine de ce
qui sera baptisé plus tard : «Ville de
Troie». En Crète, Ariane était
appelée : «la maîtresse des labyrinthes».
1 - Quel point commun y a-t-il entre l'Atlantide,
Troie, la Crète, les labyrinthes et ce motif
récurrent d’une femme occupant la position
centrale d’une forme circulaire ?
Tout comme la Crète, Troie fut l’un des
derniers bastions du culte de la Terre Mère.
Pour les peuples de l’Europe du nord, le labyrinthe
était le symbole qui permettait de retrouver
le chemin de la Grande Déesse, la Déesse
Mère des origines (2). Gaïa, Déméter,
Cybèle, Neith, Tanit... leurs noms sont innombrables
et prouvent ainsi leur universalité. Figures
centrales de territoires labyrinthiques Clito en Atlantide,
Hélène à Troie, Ariane à
Cnossos, toutes trois, filles de Gaïa, permettront
à une autre déesse, bien des siècles
plus tard, de régner au centre d’un royaume,
au beau milieu du Sahara. Dernière descendante
des Atlantes, elle s’appellera Antinéa.
Et c'est dans les dédales de son palais que
les hommes viendront chercher l'amour.
2 - Gaïa, et le culte de la Terre Mère
Dans sa volonté à peupler l’univers
de puissances qui le rassurent, l’Homme des
temps archaïques, observateur pointu de la nature,
n’est sûr que d’une chose : au départ
de sa vie, il y a une femme. Alors, comme il imagine
mal une force immense qui ne serait pas rassurante,
il donne à cette force une image, celle d’une
femme : la Femme Primordiale, celle qui est à
l’origine de tout. Tout comme la femme dont
il est issu, la Déesse Mère donne la
vie, nourrit, rassure, mais aussi rejette, abandonne,
coupe les liens. Le rapprochement avec la Terre sur
laquelle il vit se fait alors naturellement. La Terre
accueille, nourrit, rassure mais aussi s’enflamme,
bouscule et finalement reprend la vie.
Ainsi, depuis l’aube de l’humanité,
cette association Terre Mère prend forme et
deviendra au fil des temps, symbole de création,
de fécondité, de protection. Le Ciel
et la Terre, à l’origine, ont été
séparés. Le cordon a été
coupé pour lui permettre, à lui, l’Homme
de s’épanouir en toute liberté.
Mais l’âge adulte est difficile à
conquérir. Souvent désespéré,
l’Homme porte les yeux vers la voûte céleste
en regrettant le temps d’avant. Ce temps paradisiaque
où la béatitude accompagnait les rêves.
Pour justifier leur présence sur terre et ne
plus être le fruit d’un hasard hallucinant,
les êtres humains imaginent alors une généalogie
flamboyante qui, de la Déesse Suprême
descend jusqu’à eux. Cette déesse,
les Grecs l’appelèrent Gaïa.
Dans la mythologie grecque, Gaïa est à
la fois le centre et le point de départ de
l’histoire de l’humanité. A l’origine,
il n’y avait rien, seul le Chaos régnait.
Puis l’Amour (Eros) fit son apparition et de
son union avec le Chaos naquit la Matière Primordiale
: la Terre. La Terre donna naissance au Ciel (Ouranos)
et c’est de son union avec ce Ciel Primordial
que provient toute la famille des dieux, des héros
et parallèlement, tous les humains qui furent
appelés les fils de la terre.
Poséidon, fils de Cronos, est le petit-fils
de Gaïa et le frère de Zeus. A ce titre,
il fut élevé à la dignité
de dieu principal au moment du partage de l’univers,
devenant le souverain de la mer, le dieu de la navigation
et des tempêtes. Grand maître des éléments
terrestres comme Zeus est le grand maître des
éléments célestes. Epoux légitime
d’Amphitrite (la mer) Poséidon eut, comme
tous les dieux, des aventures amoureuses épiques
et une descendance innombrable. Les dix rois de l’Atlantide
sont les fruits directs d’une passion que conçut
le dieu de la mer pour la jeune Clito.
Evénor et Leucippe qui vivaient en Atlantide
étaient eux aussi nés de la terre. Ils
n’étaient pourtant par des dieux. Simples
humains, ils portaient cependant en eux une infime
parcelle de sacré. Liés directement
à l’histoire de la terre de laquelle
ils étaient nés, ils avaient un point
en commun avec Poséidon : Gaïa.
Ainsi, pour les Grecs, chacun portait en soi une petite
parcelle de divin. C’est à ce titre que
la vie était possible car c’est cette
parcelle qui au-delà de la mort, en rejoignant
le centre de la terre, retournait dans le ventre de
la Terre Mère et atteignait l’Eternité.
Du souvenir inconscient de sa provenance, de l’angoisse
née d’une séparation, l’Homme
venait de réécrire son histoire. Le
mythe de la Terre Mère venait de naître.
Si la terre est assimilée à une mère,
tout ce qu’elle renferme dans ses entrailles
ne demande alors qu’à «mûrir»,
qu’à éclore, qu’à
naître.
Que les enfants soient enfantés par la Terre
est une croyance universellement répandue.
Selon Mircea Eliade (3), ce souvenir obscur d’une
préexistence dans le sein de la Terre a eu
des conséquences considérables : il
a crée, chez l’Homme, un sentiment de
parenté cosmique avec son milieu environnant.
Ainsi, il est important pour retrouver l’état
de béatitude originelle que les êtres
humains soient enterrés sur le lieu de leur
naissance. Repartir par où ils sont venus est
une condition essentielle pour retrouver la Terre
Mère, c’est-à-dire pour retrouver
cette parcelle de sacré qu’ils avaient
perdue à leur naissance.
De nombreux rites témoignent de cette nostalgie
d’une vie antérieure. Pénétrer
dans le dédale d’un labyrinthe ou dans
l’obscurité d’une caverne équivalait
à un retour mystique à la Mère.
Gaïa, Terre et femme, n’est pas seulement
au départ de cette histoire, l’ancêtre
des Atlantes, elle est aussi le symbole d’un
retour au Centre, le principe fondateur sur lequel
repose toute vie.
Françoise Marchand pour www.atlantide-films.net
2003
(1) Cette danse est toujours pratiquée à
Délos et continue de mimer le parcours de Thésée
dans le labyrinthe. Au cours de cette danse, chacun
se donne la main en une longue chaîne en suivant
au sol le chemin d’un labyrinthe classique à
sept circonvolutions. Ce cheminement d’avant
en arrière imite également la danse
d’accouplement de la grue, d’où
l’origine de son nom. A Cnossos, en Crète,
cette danse s’appelait : la danse de la perdrix.
(2) La danse du labyrinthe semble avoir été
importée en Grande-Bretagne en provenance de
la Méditerranée orientale, par des agriculteurs
du néolithique, au IIIe millénaire avant
J.-C. Les mythes grecs, Robert Graves - Editions Fayard
- 1993
(3) Mythes, rêves et mystères - Mircea
Eliade - Gallimard - collection Folio - Paris - 1957.
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