SYMBOLISME
MYTHES DE DELUGE
ET MYTHES DE CREATION
par Françoise Marchand
1 - Les mythes de Déluge
Les mythes de Déluge font partie de l’histoire
de l’humanité. Très nombreux,
ils sont presque universellement connus. Les premières
attestations de ce type de récit remontent
bien avant la Bible puisque les Hébreux ont
emprunté ce thème aux Babyloniens et
qu’il apparaissait déjà chez les
Sumériens.
Au départ, ces mythes ont pour but d’expliquer
les cataclysmes écologiques (inondations catastrophiques,
incendies destructeurs, tremblements de terre...)
qui ont bouleversé les paysages de nos ancêtres.
Suffisamment violents et ravageurs au point de détruire
des civilisations, ces cataclysmes ont laissé
dans la mémoire des peuples de la préhistoire
et de l’Antiquité la trace d’une
grande terreur. Ne pouvant donner de raisons logiques
à ces événements, l’homme
des temps archaïques assimila le déluge
à une punition. Une Force Suprême, lasse
de voir en quel état étaient tombées
ses créatures, résolut de les punir,
à l’exception d’un couple qui serait
chargé de donner naissance à une nouvelle
humanité. Ainsi le déluge n’a
pas pour but l’anéantissement définitif
mais ouvre la voie à une «re-création»
du monde et de l’humanité. Assimilé
à un gigantesque baptême collectif, le
déluge purifie et régénère.
Dans certaines traditions, le déluge n’est
pas la conséquence d’une faute, d’un
péché mais d’un vieillissement
de l’humanité. Pour permettre à
une nouvelle génération de naître,
pour donner au monde une nouvelle jeunesse, il est
nécessaire que l’ancien disparaisse.
Présents dans les mythologies du monde entier,
sauf en Afrique où ils sont rares, les récits
de déluge sont connus en Inde, en Asie du S.E.,
en Amérique du nord et du sud, en Australie...
Plus près de nous, en Grèce, c’est
Prométhée qui avertit son fils Deucalion
que Zeus a décidé l’anéantissement
des hommes de l’Age de Bronze (1). Deucalion
s’échappe avec sa femme dans une arche.
Mais avant de détruire le monde, il fallut
le créer.
2 - Les mythes de Création
Les mythes de Création les plus connus suivent
tous le même schéma. Au départ,
un ou plusieurs dieux créent les différents
éléments de l’univers, puis peaufinent
leur ouvrage en créant l’homme. Mais
l’homme et sa femme sont rebelles et les dieux
n’aiment pas ça. Trois mythes résument
fort bien ce schéma :
a - «L’histoire commence à
Sumer»
Le grand mythe-poème de la naissance du monde
et des dieux commence par ces mots : «Lorsqu’en
haut les cieux...». Ce début est devenu
son titre. Il comprend sept tablettes, à peine
un millier de vers. Selon Vladimir Grigorieff (2)
la création du monde se fit en six actes :
Acte 1 : Le Chaos (Apsou et Tiamat)
Au départ rien n’est nommé, donc
rien n’existait. Sauf Apsou, dieu masculin,
représentant les eaux douces sur lesquelles
flottera la terre et Tiamat, déesse (ou dieu
androgyne) représentant les eaux salées
d’où émergent toutes les créatures
divines.
Acte 2 et 3 : Evolution
Du sein d’Apsou et de Tiamat naquirent les dieux.
Acte 4 : Anou, Enlil, Ea
Anou règne sur le «Ciel», Enlil
sur «l’Air-Terre» et Ea sur les
«Eaux». On sort définitivement
du Chaos initial et de sa lente évolution pour
mettre en place les éléments, les matrices
du Cosmos.
Acte 5 : Le combat des dieux (scène 1)Les
jeunes dieux par leur fogue, empêchent Apsou
de dormir, celui-ci résolut de les détruire
afin de retrouver le sommeil. Ea, apprenant cela supprime
Apsou et prend sa place, régnant ainsi sur
toutes les eaux de la terre.
Acte 6 : Le combat des dieux (scène 2)
C’est Anou qui règne sur le «Ciel»
qui, cette fois, décide de s’en prendre
à son aïeule Tiamat. Pour se défendre,
celle-ci engendre toutes sortes de monstres. Ea envoie
son fils Mardouk. Tiamat est vaincue. Le monde peut
enfin se mettre en place, s’ordonner. Le monde
étant créer, il fallut le peupler. Ce
que fit Mardouk.
De même qu’il y eut un moment dans la
théogonie où les «vieux dieux»
voulurent par deux fois exterminer les «jeunes
dieux» qui troublaient leur repos, il y eut
un moment dans l’anthropogonie où le
père des dieux, sans doute «fatigué»
de l’espèce humaine voulut la détruire.
C’est Anou, le père des dieux, incité
par Enlil, qui décida d’exterminer la
toute jeune espèce humaine et c’est Ea
qui, ne parvenant pas à l’en dissuader,
prévint de façon magique son protégé
Oum-Napishtim de sauver sa vie en construisant un
bateau, une arche de sept ponts à dix cabines,
d’y faire monter un couple de chaque espèce
animale, de le charger de provisions pour une longue
traversée. Alors, les eaux du ciel, les «réservoirs
d’en haut» se déversèrent
sur un monde à l’agonie.
b - La mythologie biblique
Les textes poétiques où il est question
de création empruntent de nombreux éléments
et motifs mythologiques à la Mésopotamie.
Une grande différence cependant, le monde est
créé par un seul et unique dieu, masculin
et la femme est résolument écartée
de tout principe créateur.
«Au commencement, Dieu créa le Ciel et
la Terre. Or la terre était vague et vide,
les ténèbres couvraient l’abîme,
l’esprit de Dieu planait sur les eaux. Dieu
dit : «Que la lumière soit»
et la lumière fut. Dieu vit que la lumière
était bonne, et Dieu sépara la lumière
et les ténèbres. Dieu appela la lumière
«jour» et les ténèbres «nuit».
Il y eut un soir et il y eut un matin: premier jour»
Et ainsi de suite jusqu’au cinquième
jour. Le sixième, Dieu dit : «Faisons
l’homme à notre image, comme notre ressemblance,
et qu’il domine sur les poissons de la mer,
les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes
sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la
terre».
Le septième jour, Dieu se reposa, puis il planta
un jardin en Eden et il y mit l’homme qu’il
avait modelé. Constatant que la solitude ne
convenait pas à sa création il lui adjoignit
une compagne. Séduite par le serpent, Eve cueille
le fruit de l’arbre de la Connaissance et y
fait goûter Adam. Pour les punir, Dieu les chasse
du Paradis. La descendance d’Adam et Eve fut
nombreuse mais ces derniers ayant perdu leur lien
d’avec le divin, leur progéniture présenta
des lacunes : «Yahvé vit que la méchanceté
de l’homme était grande sur la terre
et que son cœur ne formait que de mauvais desseins
à longueur de journée. Yahvé
se repentit d’avoir fait l’homme sur terre
et il s’affligea dans son cœur (...) Mais
Noé avait trouvé grâce aux yeux
de Yahvé.»
Noé construit donc une arche où il
met un couple de chaque être vivant et s’embarque
avec sa femme : «La pluie tomba sur la terre
pendant quarante jours et quarante nuits. (...) La
crue des eaux sur la terre dura cent cinquante jours
(...) puis Dieu fit passer un vent sur la terre et
les eaux désenflèrent.» (3)
c - La mythologie grecque
Le poème d’Hésiode «Des
travaux et des jours» s’ouvre sur deux
récits mythiques. Après avoir évoqué
en quelques mots l’existence d’une double
lutte (Eris), Hésiode raconte l’histoire
de Prométhée et de Pandora, il la fait
suivre d’un autre récit qui vient dit-il
«couronner» le premier : le mythe des
races.
Les deux mythes sont liés. Ils évoquent
l’un et l’autre un ancien temps où
les hommes vivaient, ainsi que le dit Hésiode:
«Comme des dieux, dans une sécurité
profonde, sans chagrin, sans souffrance». Chacun
rendant compte à sa façon des maux qui
sont devenus, par la suite, inséparables de
la condition humaine.
Selon Hésiode, au départ il y avait
le Chaos. Issue du Chaos, «Gaïa (la
Terre) enfanta un être égal à
elle-même, capable de la couvrir toute entière,
Ciel (Ouranos) étoilé, qui devait offrir
aux dieux bienheureux une assise sûre à
jamais.» (4)
Cette histoire est le point de départ de
toute la généalogie des dieux de l’humanité.
Généalogie que reprendra Homère.
Zeus, comme tous les dieux des mythes de création
précédents, en eut un jour assez de
la méchanceté et de l’impiété
des hommes. Il se résolut donc à les
détruire. Prométhée obtint que
son fils Deucalion et sa belle-fille Pyrrha soient
épargnés. Ceux-ci construisirent une
arche, laquelle flotta neuf jours et neuf nuits sur
les flots déchaînés.
Françoise Marchand, pour www.atlantide-films.net
2003
(1) L’âge du Bronze selon la Théogonie
d’Hésiode.
(2) Les mythologies du monde entier - Vladimir Grigorieff
- Editions Marabout - 1987.
(3) La Bible – Traduction de l’école
biblique de Jérusalem - Editions du Cerf -
Paris - 1956.
(4) Traduction P. Mazon - Encyclopédia Universalis
- Vol 5 -
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