SYMBOLISME
L'ATLANTIDE,
VERSION CONDENSEE DES MYTHES DE CREATION

par Françoise Marchand

Les mythes de Création symbolisent le passage du désordre à l’ordre, de l’informe à la forme, de l’innommé au nommé, du Chaos à l’ordre hiérarchisé. Les Puissances Primordiales s’unissant les unes aux autres créent une première génération de dieux. Parallèlement aux dieux, les hommes apparaissent et par tout un système d’alliances symboliques, les principes de la vie sociale et religieuse sont mis en place.

Les hommes, issus de cette généalogie divine n’étant pas des plus parfaits et vivant dans l’oubli de leurs origines, le Créateur Suprême décide de les anéantir. Il provoque un déluge et d’un couple de survivants privilégiés renaîtra une humanité meilleure.

En Atlantide vivaient Evénor et Leucippe. Nés de la terre, ils représentent le dernier échelon de l’humanité. Rien ne nous est raconté sur leur mode de vie, mais contemporains des Olympiens ils mènent une existence parallèle, sans intérêt. Cependant, les filles des hommes sont séduisantes et les dieux n’y résistent pas. Poséidon, contemplant son île, vit que Clito était belle. Il l’épousa.
Ainsi, cette île indéterminée allait surgir du néant et devenir par l’union d’une puissance divine avec une mortelle, un lieu ordonné. Poséidon appela cette île : ATLANTIDE.

L’amour, au centre de cette histoire, sert de détonateur, tout comme au départ de la mythologie grecque, Eros féconda le Chaos pour engendrer Gaïa.

La deuxième étape des mythes de création concerne l’organisation. Le mythe de l’Atlantide ne s’écarte pas de ce schéma. Poséidon fit du centre de l’île le point de départ d’une société organisée. Afin de préserver son pouvoir, il fortifia la montagne par «des enceintes faites alterna-tivement de mer et de terre, les plus grandes enveloppant les plus petites. Il en traça deux de terre et trois de mer et les arrondit en partant du milieu de l’île, dont elles étaient partout à égale distance, de manière à rendre le passage infranchissable aux hommes; car on ne connaissait encore en ce temps-là, ni vaisseaux, ni navigation.»

Troisième étape, après avoir fait jaillir les sources nécessaires à toute vie, Poséidon peupla son île. «Il engendra cinq couples de jumeaux mâles, les éleva, et, ayant partagé l’île entière de l’Atlantide en dix portions, il attribua au premier né du couple le plus vieux la demeure de sa mère et le lot de terre alentour, qui était le plus vaste et le meilleur; il l’établit roi sur tous ses frères et, de ceux-ci, fit des souverains, en donnant à chacun d’eux un grand nombre d’hommes à gouverner et un vaste territoire. Il leur donna des noms à tous. Le plus vieux, le roi, reçut le nom qui servit à désigner l’île entière et la mer qu’on appelle Atlantique, parce que le premier roi du pays à cette époque portait le nom d’Atlas. (...) Tous ces fils de Poséidon et leurs descendants habitèrent ce pays pendant de longues générations.»

Jusque-là, le mythe de l’Atlantide suit de près les mythes de création. Mais pour la suite, Platon en décide autrement.
Les mythologies sumérienne, chrétienne ou grecque donnent une chance à l’humanité de se racheter en préservant un couple d’humains du déluge mortel. Zeus, qui n’en est pas à son premier essai, décide cette fois de tout détruire.

Or, Platon dit qu’il résolut de châtier les hommes pour les rendre plus vertueux et plus sages. Mais où sont les témoins de cette histoire puisque le philosophe explique que lors du déluge non seulement les Atlantéens, leur île mais aussi les Athéniens venus combattre l’envahisseur, périrent ? Alors, comme il faut bien conserver un peu d’espoir dans le cœur des hommes, Platon achève son texte par trois points de suspension. A nous d’en tirer la leçon.

Et c’est grâce à ce subterfuge, que, depuis bientôt 2500 ans, il y a en chaque être humain un survivant de l’Atlantide qui rêve de retrouver son île. Surgira-t-elle un jour des flots ?
Ces trois points de suspension sont comme les cailloux du Petit Poucet. Ils sont là pour nous guider, pour nous inviter à aller plus loin. Ne pas s’arrêter, toujours aller au-delà. Au-delà de toutes les suggestions, au-delà de notre imagination.

Platon savait qu’en traçant le début du chemin, nombreux seraient ceux qui lui emboîte-raient le pas. Chacun à sa manière, avec son rythme, sa respiration. Chacun avec son désir d’amour et de création. Ces trois points de suspension où notre souffle reste accroché s’impriment en nous comme un fulgurant espoir : celui de voir un jour l’être humain se réconcilier avec lui-même et trouver son point d’équilibre entre ses Désirs et sa Raison.

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