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SYMBOLISME
LES MYTHES DES ORIGINES
par Françoise Marchand
L’étude de très nombreuses mythologies
sur la Création montre un souci identique d’expliquer
la genèse humaine. Ainsi la vie n’est
pas un hasard mais la suite logique d’un événement
primordial qui eut lieu dans la nuit des temps, et
l’être humain ne fait que reproduire cet
événement pour perpétuer le mystère
de ses origines. Les mythes prennent alors valeur
exemplaire. Les choses sont ainsi parce qu’à
l’origine elles se passaient ainsi.
Loin d’être statiques, les récits
mythologiques sont donc très vivants. Comme
la première pièce du puzzle, ils sont
le foyer d’où va rayonner l’histoire
de la vie. Certes, au fil des millénaires,
l’image s’est un peu brouillée,
mais remonter au centre du labyrinthe mythologique
peut permettre à l’homme de chercher
au fond de lui un peu de l’existence des dieux
et s’inspirer de sa symbolique pour faire de
sa vie un acte créateur et poétique.
Si la manière de les raconter est différente,
la structure de ces récits mythologiques dans
toutes les sociétés est la même
et la fonction identique, ce qui leur donne une dimension
quasi universelle.
A ce titre, trois récits prennent ainsi valeur
d’exemple : le mythe de la Terre Mère,
le mythe du Paradis Perdu et le mythe de l’Eternel
Retour. C’est à la croisée de
ces trois chemins que se place le mythe de l’Atlantide.
Un déluge parmi d’autres
C’est en observant la nature que l’Homme
a élaboré sa conception cyclique du
temps : phases de la lune, périodicité
des jours, des saisons... Celui-ci n’est pas
linéaire mais se place sur un cercle. Pour
renaître, le temps doit s’achever.
Un jour décline, un jour commence. Un homme
meurt, un enfant naît. Une humanité s’éteint,
une autre réapparaît. La vie n’est
qu’un éternel recommencement. Partir,
c’est se donner la possibilité de revenir,
comme les feuilles aux arbres, comme la lune dans
le ciel. Mourir, ce n’est pas disparaître,
c’est aller au centre du labyrinthe et en ressortir
en s’ouvrant une porte sur l’infini. De
nombreux mythes racontent ainsi la chute et la renaissance
de l’humanité en la comparant aux saisons.
D’après Mircea Eliade*, on trouve des
conceptions analogues dans les apocalypses et les
anthropogonies archaïques; le déluge ou
une inondation met fin à une humanité
épuisée et pécheresse et une
nouvelle humanité régénérée
prend naissance, habituellement d’un ancêtre
mythique sauvé de la catastrophe, ou d’un
animal lunaire.
Cela signifie que le rythme lunaire, non seulement
révèle des intervalles courts (semaines,
mois) mais sert aussi d’archétype pour
les durées considérables. En fait, la
naissance d’une humanité, sa croissance,
sa décrépitude (son usure) et sa disparition
sont assimilées au cycle lunaire. Et cette
assimilation n’est pas seulement importante
parce qu’elle nous révèle la structure
lunaire du devenir universel mais aussi par ses conséquences
optimistes : car, tout comme la disparition de la
lune n’est jamais définitive, puisqu’elle
est nécessairement suivie d’une nouvelle
lune, la disparition de l’homme ne l’est
pas davantage, en particulier la disparition d’une
humanité tout entière (déluge,
inondation, engloutissement d’un continent)
n’est jamais totale, car une nouvelle humanité
renaît d’un couple de survivants. Tout
naturellement, nos ancêtres firent de cet astre
le symbole de la femme et nombre de Déesses
Mères sont représentées avec
un croissant de lune. Les catastrophes cycliques se
teintèrent alors d’optimisme dans la
mesure où, chargées de sens et non définitives,
elles entraient dans le cadre de la normalité.
Le prêtre égyptien qui transmet à
Solon l’histoire de l’Atlantide le précise
: «Tout d’abord vous ne vous souvenez
que d’un seul déluge terrestre, alors
qu’il y en eut beaucoup auparavant.»
C’est cette conception cyclique qui a permis
d’élaborer dans la plupart des théogonies
la notion de l’Age d’Or. L’humanité,
déjà détruite une fois par un
déluge s’est régénérée
mais se dirige à nouveau, inexorablement, vers
une autre destruction. L’angoisse de la fin
du monde, correspond à notre peur de la mort.
Pour trouver son équilibre, au centre de l’univers,
l’homme des temps archaïques a donc suivi
un mouvement naturel et inconscient. Il a reproduit
à son échelle puis à l’échelle
de la galaxie, la cellule primordiale. La vie est
ronde, cyclique, structurée. L’univers
fut donc rond, cyclique et structuré.
Pour s’épanouir, les êtres humains
descendent parfois au plus profond d’eux-mêmes
et de ce lieu intime, ils posent leurs regards sur
le monde. Ils diffusent, ils essaiment, ils se tournent
vers l’humanité. Parfois, éloignés
de tout, dispersés, «hors d’eux»,
ils tentent de rejoindre ce point central qui leur
fait défaut. Ils renouent avec leur intériorité,
avec cette parcelle d’amour et de liberté
qui les aidera à se «ré-unir»
à eux-mêmes.
L’Atlantide reste gravée dans notre mémoire,
certes comme un continent englouti, mais aussi comme
un rêve, une utopie. Le paradis n’est
pas seulement un lieu de béatitude, c’est
aussi la recherche de notre équilibre, de notre
île secrète, de ce pouvoir créateur
qui fait de nous l’égal des dieux. Perdre
ce sens du divin c’est conduire notre île
à sa perte, c’est accepter d’être
englouti, c’est renoncer à notre paradis.
Françoise Marchand, pour www.atlantide-films.net
2003
* Le mythe de l’Eternel Retour - Mircea Eliade
- Gallimard - Collection Folio - Paris - 1969
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