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SYMBOLISME
L'OBJET DE LA MYTHOLOGIE
par Françoise Marchand
En ce temps-là, à une époque
que notre esprit a du mal à concevoir mais
que les historiens ont baptisé de préhistorique,
l’être humain découvre un monde
si vaste qu’il se sent d’un seul coup
comme un minuscule grain de poussière.
Face à cette immensité pleine de dangers,
face aux mystères qui le submergent de toutes
parts, face à une nature à la fois bénéfique
et mortelle, face à tout ce qu’il ne
peut s’expliquer, l’Homme de ces temps
archaïques tourne son regard vers le ciel pour
tenter de trouver dans l’au-delà une
réponse à ses questions d’ici-bas.
Aucune solution ne lui étant proposée,
rien ne lui permettant d’éclaircir les
mystères de ce qu’il perçoit,
l’Homme imagine un monde où tout ne serait
que clarté et douceur de vivre. Le danger étant
à ses pieds, l’Homme lève le nez
vers le ciel. Le regard accroché aux étoiles
il invente un univers où règnent des
puissances qui le dépassent mais qu’il
peut désormais invoquer pour se rassurer. Loin
d’être vide, l’espace devient alors
un univers plein, stable, équilibré,
car c’est de son harmonie que dépend
l’harmonie plus terrestre de l’être
humain. Celui-ci va alors se raconter des histoires,
retracer son passé, se chercher un lien avec
le sacré, s’inventer une mythologie,
s’inventer le film de sa vie.
A la différence des légendes, les mythes
sont tenus pour vrais par les sociétés
qui les racontent. Récit anonyme qu’on
peut recueillir, celui qui en fait la narration ne
peut en être l’auteur, puisque raconter
un mythe, c’est répéter ce qui
se dit des dieux depuis l’origine. Les mythes
les plus répandus sont donc ceux qui racontent
la création du monde, l’apparition des
humains, leurs relations avec certaines espèces
animales et la nature en général.
Les inégalités, la mort, les maladies
trouvent alors une explication dans cette littérature
d’avant la littérature et le «conteur»,
inspiré directement des dieux, prend le nom
de poète, sorcier ou chaman. Mais quelque soit
son nom, celui-ci joue toujours le rôle d’intermédiaire
entre l’homme et ses dieux, de lien entre le
sacré et le profane.
Replacé dans le principe de fonctionnement
d’une cellule on trouve donc au centre de ce
système un dieu, avec une connaissance et des
pouvoirs précis, puis le poète qui transmet
cette connaissance, enfin, les humains qui font circuler
les idées et dont le rôle est de mettre
en œuvre, de créer.
L’objet de la mythologie est donc de révéler
les dangers mais aussi les méthodes qui vont
permettre à l’humain d’évoluer
dans sa vie. Ainsi, en plongeant ses racines dans
les profondeurs de la pensée, les mythes offrent
au subconscient les moyens d’exprimer ses tensions
et apportent une solution aux problèmes que
se pose l’homme, centre d’une communauté,
elle-même située dans une culture déterminée.
Si l’on compare cette cellule à la précédente,
on constate qu’à son échelle,
le «moi profond» de l’être
humain occupe une position centrale. Celui-ci devient
alors l’intermédiaire entre sa pensée
et la communauté dans laquelle il se trouve.
Pour communiquer au monde, il a besoin que la société
dans laquelle il vit lui permette de transmettre son
message. Qu’un dieu, qu’un homme ou que
le «moi profond» deviennent omniprésents,
égoïstes, despotes ou inexistants, alors
la communication ne s’établit plus. Il
y a rupture, les messages sont dispersés, falsifiés,
l’échange entre l’extérieur
et l’intérieur, interrompu.
Ainsi, le mythe est une histoire qui établit
une relation entre le sacré et le profane,
entre le «moi profond» de l’être
humain et le monde. Le poète est celui qui,
à l’échelle d’une communauté
ou de façon personnelle, est capable de nous
raconter cette histoire. Il est celui qui nous offre
la possibilité de nous recentrer puis de nous
épanouir. Il y a, au centre de notre être,
un lieu en communication directe avec le sacré
et son principe créateur. A notre échelle,
nous sommes tous des dieux.
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